La victoire des socialistes grecs aux élections européennes n’est que l’exception qui confirme la règle: la gauche a subi un cinglant échec. Cette défaite du socialisme démocratique européen s’ajoute à une longue série de revers. En fait, la social-démocratie de notre continent sombre dans l’état de coma dépassé qui signifie la mort cérébrale. Car c’est bien là, au siège de la pensée, que se situe la faiblesse de ce courant politique majeur. Englué dans ce XXe siècle qui fut l’ère de ses conquêtes, il s’est révélé incapable de prendre la mesure des changements fondamentaux provoqués par l’effondrement de l’Empire soviétique. Depuis, la social-démocratie européenne s’est trouvée systématiquement à contre-pied.
Tout d’abord, elle a continué à débiter son traditionnel credo: réguler l’économie par l’intervention de l’Etat, mais sans prendre sérieusement en compte l’impératif écologiste et les conséquences de la mondialisation. Puis, à des degrés divers selon les pays, les sociaux-démocrates ont progressivement suivi les travaillistes britanniques en reprenant à leur compte les recettes libérales. Et lorsque la crise actuelle est survenue, la social-démocratie a donné l’impression d’être étatique lorsqu’il lui fallait être libérale et libérale au moment où l’étatisme devenait une nécessité! La droite, elle, a su prendre le tournant de la crise tout de suite, en s’inspirant d’une grande partie des programmes que les socialistes venaient de jeter au panier. Cette rapidité d’action et ce pragmatisme ont séduit un nombre croissant d’électeurs qui, de toute façon, ne savent plus où se situent les sociaux-démocrates.
Les autres vainqueurs de ces élections — les Verts — sont parvenus, eux, à s’adapter aux exigences du XXIe siècle. Dès lors, l’avenir de la social-démocratie ne passe-t-il pas par la social-écologie?