L’initiative est sans précédent: dans une démarche commune, les autorités de sûreté nucléaire française (ASN), britannique (HSE/ND) et finlandaise (Stuk) viennent de mettre en cause la fiabilité de l’EPR, le réacteur nucléaire de troisième génération, que construit le groupe public français Areva.
La contestation ne porte pas sur une pièce secondaire du dispositif, mais sur ses systèmes de «contrôle commande», autrement dit sur le cerveau du réacteur. Les deux logiciels qui assurent le pilotage de la centrale sont jugés trop interconnectés pour en garantir le fonctionnement: la défaillance de l’un risque d’entraîner la panne de l’autre. Pour les trois autorités nationales, la «complexité» du système «rend difficile l’élaboration d’une démonstration de sûreté satisfaisante». Le constructeur est en conséquence invité à «améliorer la conception initiale de l’EPR».
«Renaisssance du nucléaire décapitée»
Areva ne s’alarme pas. La mise en garde, affirme un porte-parole, relève de «discussions techniques normales», qui ne compromettent «ni les fondamentaux de l’EPR ni le calendrier».
Tout autre est la réaction des opposants. La «renaissance du nucléaire est décapitée», se félicite le mouvement Sortir du nucléaire. A Genève, Antonio Hodgers, conseiller national Vert, accueille également sans déplaisir une interpellation qui vient confirmer les préventions de son parti: l’option nucléaire est trop «aléatoire», estime-t-il, «pour que l’on bâtisse sur elle le développement énergétique».
Pour Areva, l’affaire survient au plus mauvais moment. Quatre EPR sont en cours de construction – un en France, deux en Chine et un autre en Finlande, où le chantier qui s’enlise donne déjà lieu à un lourd contentieux. Le groupe poursuit en outre des négociations compliquées avec plusieurs interlocuteurs dans les Emirats arabes unis, en Inde, en Grande-Bretagne. Il n’est pas sûr que la controverse lui facilite la tâche.
Réacteurs à l’arrêt
Article de promotion de la diplomatie commerciale de Paris, le nucléaire traverse décidément une passe délicate: en début de semaine, près du tiers des réacteurs du pays étaient à l’arrêt. Or les centrales atomiques assurent 75% de la production d’électricité nationale. Conséquence: pour éviter cet hiver de fâcheuses coupures de courant, la France va devoir procéder dès la mi-novembre à de massives importations d’électricité.