«On voulait juste éprouver une émotion forte pour finir la soirée.» C’est par ces mots à vous glacer le sang qu’un jeune homme de 19 ans a raconté, dimanche aux carabiniers qui venaient de l’arrêter avec deux de ses copains de beuverie, la raison qui les avait poussés, peu auparavant, à asperger d’essence un SDF avant d’y mettre le feu.
Les faits se sont produits dimanche vers 4 heures du matin à la gare de Nettuno, une petite cité du littoral au sud de Rome, où Navtej Singh Sindu, 35 ans, un SDF d’origine indienne, avait trouvé refuge pour la nuit. Sortant d’une petite voiture noire, trois jeunes gens (16, 19 et 29 ans) s’approchent du dormeur, le bousculent et lui demandent de l’argent. Le SDF les envoie au diable. Mal lui en prend. Bien que cuits d’alcool et de haschisch qu’ils ont consommés depuis le début de la soirée, les trois jeunes gens remontent dans la voiture. A une pompe à essence voisine, ils remplissent de carburant une canette de bière et reviennent à la gare. Là, ils frappent violemment le malheureux Indien, l’aspergent d’essence et lui mettent le feu avant de prendre la poudre d’escampette.
Alertés par un appel anonyme, les carabiniers auront juste le temps d’entendre quelques mots de la victime avant qu’elle ne perde connaissance. Bien que brûlé sur plus de 40% du corps, Navtej Singh Sindu devrait s’en sortir, selon les médecins.
Un pays inquiet et horrifié par de tels actes
Grâce au signalement de la voiture, les carabiniers ont très vite remonté la piste des jeunes gens. Immédiatement incarcéré, l’un d’entre eux a avoué: «On cherchait un clochard à qui faire une plaisanterie, un qui dort dehors. Pas forcément un Roumain ou un Noir, seulement un à qui donner une leçon.»
Intervenant quelques jours après un autre fait divers qui avait choqué toute l’Italie – le viol collectif d’une jeune Italienne pour lequel cinq Roumains ont été arrêtés près de Rome –, l’affaire de Nettuno a suscité de nombreuses réactions dans un pays qui s’interroge un peu plus chaque jour sur la violence qui semble croître avec la crise économique.
Le maire de Rome, Gianni Alemanno (droite), a fait part de sa «colère» et de sa «douleur», le ministre des Affaires étrangères, Franco Frattini, soulignant pour sa part que «les agressions contre les étrangers devaient être sanctionnées avec rigueur». Pour le leader du Parti démocrate(opposition), Walter Veltroni, un épisode comme celui de Nettuno «est le fruit des discours xénophobes, d’un climat de haine et de peur consciemment entretenu» par certains.
Horrifiée, une majorité d’Italiens se demandait hier comment des fils de famille sans histoire ont pu se transformer en «petites frappes de banlieue», comme un policier décrira les trois agresseurs du SDF.
Une question que tout le monde s’était posée, ici en Suisse romande, quand un sans-abri avait subi le même sort terrifiant. C’était le 15 décembre 2007 dans la salle d’attente de la gare de Bussigny.