La bombe lâchée par Lord Ashcroft, le vice-président et principal donateur du Parti conservateur britannique, pourrait porter un coup fatal au désir de David Cameron de devenir ces prochains mois premier ministre. Après avoir compté en octobre plus de 15?points d’avance dans les sondages sur un Parti travailliste à la dérive, le principal parti d’opposition se liquéfie depuis le début de l’année. ?£Sous la pression de la justice, Lord Ashcroft a effet admis que son «statut fiscal est celui d’un non-domicilié».
«Non domicilié»
Il avoue en outre qu’au cours des dix dernières années, il a «déclaré tous ses revenus britanniques aux services des impôts». C’est évidemment là que le bât blesse: le statut de «non-domicilié» permet aux résidents britanniques de longue durée mais ayant un lien affectif avec un autre pays de ne payer des impôts que sur leurs revenus britanniques, pas sur ceux des revenus perçus ailleurs. Or, les actifs financiers et commerciaux de Lord Ashcroft, estimés à 1,7 milliard de francs, sont majoritairement entreposés à Belize. Selon le Parti libéral-démocrate, il aurait évité de payer 190 millions de francs d’impôts au cours de ces dix dernières années.
Seize millions de francs
L’origine de cette affaire remonte à 2000. Michael Anthony Ashcroft entre à la Chambre des lords, après avoir envoyé une lettre (rendue publique lundi) au dirigeant conservateur de l’époque précisant qu’il a «décidé de prendre résidence permanente en Grande-Bretagne avant la fin de l’année calendaire». Il y a trois ans, un parlementaire travailliste avait réclamé que soit clarifiée la résidence fiscale de Lord Ashcroft: s’il n’est pas résident britannique, ses dons au Parti conservateur pourraient être illégaux. Or, entre 2000 et 2009, celui-ci a gonflé les caisses de l’opposition de plus de 16 millions de francs. Par ailleurs, le travailliste critique l’idée qu’un homme ne payant pas ses impôts en Grande-Bretagne puisse voter des lois dans ce pays.
Après ces révélations, l’état-major travailliste a sonné la charge. Alan Johnson, le ministre de l’Intérieur, remarque que «les discours conservateurs sur le patriotisme s’effondrent avec l’affaire Ashcroft». Le secrétaire à la Justice, Jack Straw, s’est avéré le plus violent: «Cette affaire démontre juste qu’au lieu d’avoir changé le parti, David Cameron l’a maintenu comme il était.» La crédibilité de ce dernier, qui clame depuis des années «qu’il n’y a pas de raison de croire que Lord Ashcroft n’ait pas tenu promesse», est gravement entachée.