«On est dans une espèce de monarchie». Le propos n’est pas lâché par un syndicaliste de SUD en colère, mais par un homme de droite, Jean-François Probst — ancien conseiller de Jacques Chirac — lors d’une interview au site d’information Mediapart. Et son avis est largement partagé par la presse qui lâche parfois ce gros mot: «népotisme».
Pourquoi? Parce que Sarkozy fils — du haut de ses 23 ans et de ses trois semestres de fac de droit — est le principal candidat à la présidence de l’Etablissement public de La Défense, qui administre et gère le plus important quartier d’affaires d’Europe, situé à un jet de lingot d’or de Paris.
Jean Sarkozy, dans une interview au Parisien de mardi, excipe de sa légitimité pour occuper ce poste-clé: il a été élu conseiller général des Hauts-de-Seine où se situe La Défense et y dirige le groupe UMP au sein de cette assemblée départementale.
Cela dit, son mérite principal relève de la filiation: «Il a l’avenir devant lui et son papa derrière», ricane Jean-Marcel Bouguereau, l’éditorialiste de La République des Pyrénées. Et à Puteaux, l’une des trois communes qui se partagent le territoire de La Défense, l’appétit de Monsieur Fils provoque des aigreurs. Le conseiller municipal Christophe Grébert (MoDem-centriste d’opposition) a fait circuler jeudi sur l’Internet une pétition pour demander au fils présidentiel de ne pas briguer La Défense. Il espérait atteindre 15 000 signatures. Mardi, il en avait reçu 55 000. Et ce n’est pas fini!
«Effet carrosse»
Pourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il bravé ce tollé qui parcourt la France en voulant imposer le «Dauphin»? Deux aspects semblent intervenir: «l’effet gamelle» et «l’effet carrosse». Le premier: tout responsable politique de haut niveau se doit de posséder un fief, une base de replis. A cet égard, il n’est pas meilleure place que celle, prestigieuse et convoitée, de président de l’établissement public de La Défense. Une carte de visite pareille vous attire soutiens et dons de campagne.
Quant à «l’effet carrosse», il a frappé la plupart des souverains français. Certains en ont même perdu la tête... Il symbolise cette sphère protégée dans laquelle se meut le chef de l’Etat, entouré de courtisans plus empressés à lui lustrer les escarpins qu’à lui prodiguer des conseils de fâcheux. Cette ivresse des sommets induit celui qui en est victime à croire que tout lui est permis et que tous ploieront sous ses volontés. Ce qui suscite des réactions fort dégrisantes, comme celles qui se font jour actuellement.
Devant cette levée de bouclier, Jean Sarkozy se veut philosophe façon Calimero: «Quoi que je dise, quoi que je fasse, je serai critiqué».