GASPILLAGES

La riposte à la grippe A tourne au gâchis ruineux en France

Par Jean-François Verdonnet avec les agences le 04.01.2010 à 00:00

Paris doit revendre à l’étranger une partie de son stock de vaccins commandés en excédent.

La décision provoque à Paris la première polémique de l’année: la France a commencé à revendre à l’étranger une partie de son stock de vaccins contre le virus de la grippe A (H1N1) commandés en excédent.

Inquiètes des perspectives de pandémie tracées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et tablant sur une double injection pour chaque sujet,
les autorités françaises avaient commandé l’été dernier 94 millions de doses de vaccins.

Montant officiel de l’opération: 869 millions d’euros.

«Dès lors qu’une seule dose suffit, on peut se permettre de revendre une partie du stock», a expliqué hier une porte-parole du ministère. Le Qatar figure parmi les premiers acquéreurs. Une négociation est également engagée avec l’Egypte. «Des contacts sont en cours avec d’autres pays, en particulier l’Ukraine et le Mexique», a précisé le Ministère de la santé.

La revente des vaccins devrait alléger la note. Selon le quotidien Le Parisien, qui a révélé l’affaire, les doses sont revendues au prix où elles ont été achetées auprès de laboratoires pharmaceutiques, soit de 6,25 à 10?euros, selon les produits.

En dépit de la «trêve des confiseurs», ces initiatives ne sont pas passées inaperçues.

A gauche, le député Jean-Marie Le Guen, spécialiste au PS des questions de santé, a réclamé «une mission parlementaire pour tirer les leçons d’un «fiasco». La France, a-t-il expliqué, a «le plus faible taux de personnes vaccinées des pays développés».

Du côté des médecins, les critiques sont également virulentes. Pour le professeur Marc Gentilini, spécialiste des maladies infectieuses, le gâchis était prévisible: «On se trouve devant un phénomène d’emballement», a-t-il confié, en dénonçant les impasses de la stratégie gouvernementale de «vaccination de masse».

En Suisse aussi

«Jouer le pire, a-t-il ajouté, se fait au détriment d’autres problèmes de santé publique, nationaux ou internationaux.» L’option choisie se révèle d’autant plus hasardeuse, estime-t-il, que ces vaccins risquent «à la longue de ne plus répondre au type de virus en circulation».

Parlementaire de la majorité conservatrice, le professeur Bernard Debré n’est pas moins sévère: après avoir qualifié récemment la grippe A de «grippette», il affirmait hier que la France disposait de «50 à 70 millions de doses en trop» et du tiers des réserves mondiales de l’antibiotique Tamiflu. La facture, assure-t-il, pourrait s’élever à plus de 2 milliards d’euros, soit plus que les déficits additionnés de tous les hôpitaux du pays.

En réalité, la France n’est pas la seule à devoir revendre ses excédents. C’est aussi le cas de la Suisse, des Pays-Bas et de l’Allemagne. Dans ce dernier pays, 5% seulement de la population et 15% des médecins et personnels médicaux se sont fait vacciner.

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