Rien ne va plus entre Silvio Berlusconi et son principal allié, Gianfranco Fini. L’ultime scène de ménage a été provoquée par des déclarations faites par Fini le 6 octobre mais révélées mardi dernier par La Repubblica.
Croyant les micros éteints, le président de l’assemblée s’était laissé aller à des confidences peu flatteuses sur Berlusconi: «Il confond le consensus populaire avec une sorte d’immunité totale. Il refuse tous les contre-pouvoirs: magistrature, Cour des comptes, parlement, chef de l’Etat. Il se prend pour un monarque absolu.» Pire encore, Fini affirme que les repentis qui accusent le «Cavaliere» d’avoir passé un pacte avec la mafia sont «une bombe atomique» et que les magistrats doivent continuer les enquêtes.?
Un crime de lèse-majesté qui provoque la colère immédiate de la garde prétorienne de Berlusconi. Fini est sommé de se rétracter… mais il persiste et signe. Et c’est l’escalade. Pour le ministre Claudio Scajola, le président du parlement «s’est exclu lui-même du Parti de la liberté (PDL)».
Hier, le quotidien Il Giornale, propriété de la famille Berlusconi, synthétisait à la une l’humeur du «Cavaliere»: «Je ne veux plus jamais le revoir.» C’est néanmoins Silvio Berlusconi qui légitime en 1993 un Gianfranco Fini encore considéré comme un fasciste en déclarant qu’il votera pour lui dans la course pour la Mairie de Rome.
Leader de l’opposition
Tout sépare pourtant déjà les deux hommes. Fini est froid, mesuré et calculateur. Berlusconi est charismatique, volcanique et instinctif. Mais leurs intérêts convergent et leur alliance les porte au pouvoir en 1994. Berlusconi devient alors le leader de la droite. Tout d’abord car c’est son parti qui a le plus de voix, mais également car Fini a une autre priorité: débarrasser totalement Alliance Nationale (AN) de l’étiquette fasciste. Une opération qui le conduira à assumer des positions de plus en plus modérées, si ce n’est carrément de gauche.
Ainsi, récemment, il s’est prononcé en faveur du droit de vote pour les immigrés et du testament biologique ou pour le respect de la magistrature. Paradoxalement, de nombreux éditorialistes ont remarqué qu’il était devenu «le véritable leader… de l’opposition».
Mais avant d’en arriver là, l’alliance Berlusconi-Fini est émaillée d’incidents. Fini s’oppose à la création d’un gouvernement d’unité nationale en 1996. Puis c’est Berlusconi qui sabote un accord avec la gauche, voulu par Fini, en exigeant une immunité judiciaire. En 1999, Fini se présente sans Berlusconi aux élections européennes. En 2003, il s’insurge quand le «Cavaliere» traite un député européen allemand de «kapo».
En 2007, alors que la gauche est au pouvoir, le dauphin tente de renverser l’aîné. En vain car ce dernier résiste en créant du jour au lendemain le PDL. Fini est obligé de s’y associer sous peine de disparaître de la scène politique. Curieusement, alors que les deux hommes n’ont jamais été aussi distants, ils se retrouvent à la tête du même parti. Une embellie… destinée à ne pas durer.