Ah l’Alsace! Maudite, l’Alsace! Imprenable Alsace. Sans elle, la gauche faisait le Grand Chelem en France métropolitaine. Hier soir, sous la tente installée au siège du Parti socialiste, rue de Solférino à Paris, elle n’a pourtant pas gâché la fête. «C’est l’Alsace conservatrice qui s’est réveillée», constate le député européen Henri Weber, pas étonné pour un sou.
«Ce qui compte, c’est l’écart considérable et sans précédent entre gauche et droite», relève Jean-Louis Bianco, presque inaudible dans les hourras qui accueillent la victoire. Les régions qu’on disait incertaines, comme la Lorraine, sont restées à gauche. Même la Corse est gagnée, ajoute l’ancien ministre de Mitterrand.
Quand Martine Aubry arrive sous la tente, les militants laissent exploser leur joie. «Les Français ont parlé, il faut qu’ils soient entendus», déclare la première secrétaire du PS. Mme Aubry attend du gouvernement un «changement politique profond». «La gauche solidaire doit encore se consolider et s’étendre», ajoute-t-elle.
Victoire donc, mais sans triomphalisme. Ce n’est peut-être pas plus mal. En 2004, après la vague rose lors des régionales, l’essai n’avait jamais été transformé. Au contraire, l’année suivante, le PS s’entre-déchirait lors du référendum sur la Constitution européenne. On peut gagner les régionales et mordre la poussière à la présidentielle. «En 2004, le succès socialiste était une surprise. Aujourd’hui, il y a une vraie dynamique», veut croire un
militant parisien.
L’essentiel de ces régionales est ailleurs. Dans l’éclosion de deux partenaires possibles du PS. L’entente cordiale des trois «copines», Martine Aubry,
Cécile Duflot et Marie-George Buffet, peut donner lieu à une nouvelle forme d’alliance à gauche. Gauche plurielle? «Solidaire», préfèrent les intéressées. Pour l’instant.
Et Martine Aubry? Le scrutin d’hier marque-t-il un tournant dans sa carrière? «On n’a pas voté hier pour désigner le candidat socialiste à la présidentielle», s’empresse de préciser Jean-Louis Bianco, fidèle parmi les fidèles de Ségolène Royal.
C’est clair. Pas de carte blanche à Martine Aubry pour 2012. Il faudra encore se battre, notamment l’an prochain lors des primaires. La maire de Lille, ancienne ministre de Mitterrand et de Jospin, ira-t-elle jusqu’au bout? «Surmontera-t-elle le syndrome Delors?»
s’interroge un observateur, rappelant que son père Jacques Delors, à qui on promettait l’Elysée en 1994, s’était fait longtemps désirer. Avant de renoncer.