Rappelez-vous: quelques jours avant le Sommet sur le climat à Copenhague, la publication sur Internet de courriels de scientifiques britanniques émettant des doutes sur le réchauffement avait semé le trouble. L’origine de cette affaire semblait mystérieuse. Puis des soupçons s’étaient portés sur des pirates informatiques russes. La semaine dernière, un présumé détournement de dizaines de millions de dollars de la Citibank aurait eu la même source.
Accusés à tort ou à raison? Difficile de trancher, concèdent des experts russes. «Si la recherche des origines du «Climategate» a mené à un serveur de Tomsk, en Sibérie, cela ne prouve pas que ses auteurs sont Russes», souligne Nikolaï Fedotov, analyste principal chez InfoWatch, une compagnie russe spécialisée dans la protection de données. «L’accès à un serveur s’achète sur le marché noir et on peut choisir le pays où il sera situé.» Il n’empêche que les pays occidentaux sont prompts à accuser les pirates russes, qui ont, il est vrai, un passif déjà lourd.
Ils les soupçonnent d’ailleurs d’agir souvent avec l’assentiment du Kremlin, notamment lors des attaques contre des ordinateurs de «gouvernements ennemis». Ce fut le cas en 2007, en pleine crise avec l’Estonie, lors du déplacement d’un monument à la gloire du soldat de l’Armée rouge dans la capitale, Tallinn. Un groupe estonien pro-Kremlin s’était finalement vanté publiquement d’être à l’origine de l’attaque cybernétique.
Chacun agit seul
«La conversion au piratage des informaticiens russes n’a pas la politique pour seule motivation, estime Nikita Kislitsine, rédacteur en chef du magazine Hacker. Faute de défis professionnels à la hauteur de leurs talents, et mal payés, plusieurs succombent à la tentation. Il n’existe pas en soi de groupes organisés pour commettre des crimes financiers sur Internet. Chacun agit seul de son côté, achetant les services ou logiciels d’autres spécialistes pour arriver à ses fins, explique encore Nikita Kislitsine.
«Emmenés pour discuter sous un pont de Moscou»
Si les Russes commettent généralement leurs cybercrimes en Europe de l’Ouest et aux Etats-Unis, ce n’est cependant pas un hasard. «La Russie échappe à ses pirates. Pour trois raisons: parce qu’il n’y a pratiquement rien à y voler; parce que c’est mal de voler les siens; mais aussi parce qu’ils pourraient avoir des problèmes. Ils savent qu’en Russie, leurs méfaits peuvent leur créer des ennuis bien plus graves qu’aux Etats-Unis. Ils craignent d’avoir maille à partir avec des hommes de main et d’être emmenés pour «discuter sous un pont de Moscou», ajoute le journaliste spécialisé russe, se faisant l’écho de rumeurs qui courent sur Internet. «Les chances d’être attrapé par les autorités russes pour un cybercrime économique sont minces», estime aussi l’analyste Nikolaï Fedotov. Seules de très rares affaires ont en effet été traitées par la justice. «Il n’y a de coopération entre Etats que dans les cas les plus graves», remarque Nikita Kislitsine.