«Vous êtes là pour Gorbatchev? Non? Alors revenez demain! Nous sommes débordés.» Il était noir de monde, hier après-midi, le checkpoint du Palais des Nations. C’est qu’à l’ONU, on a rarement vu une telle foule pour une simple conférence publique sur le désarmement nucléaire (organisée en partenariat avec la Tribune de Genève). Si 1500?personnes se sont agglutinées dans la Salle des Assemblées, c’était surtout pour voir le tout dernier président de l’ex-Union soviétique: Mikhaïl Gorbatchev, Prix Nobel de la paix et président de l’ONG Green Cross International.
Beaucoup trop périlleuse, la dissuasion nucléaire
«Il nous faut d’urgence un nouveau modèle de sécurité mondiale», lance d’entrée de jeu l’ancien numéro un soviétique, sous le regard approbateur du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon. Quelles que soient les tensions, le désarmement nucléaire doit être la priorité. «D’ailleurs, c’est justement à un moment de grande tension internationale, en 1985, que le président américain Ronald Reagan et moi-même nous sommes rencontrés à Genève pour déclarer qu’en matière de guerre nucléaire, il n’y a jamais de vainqueur!»
Malheureusement, constate Mikhaïl Gorbatchev, vingt ans après la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide, la menace atomique n’a pas diminué. Au contraire. Le monde compterait 23?000 armes atomiques. Et une trentaine d’Etats, estime-t-il, seraient sur le seuil de devenir des puissances nucléaires.
«Ceux qui comptent sur la dissuasion font un calcul beaucoup trop dangereux. Les arsenaux mondiaux contiennent de quoi éliminer la planète. Des missiles russes sont cent fois plus puissants que la catastrophe de Tchernobyl! La moindre erreur est fatale. Cela fait réfléchir, quand on sait que les Américains ont cru déceler sur leurs écrans une attaque russe, alors qu’en réalité ils avaient repéré… des oies sauvages!»
Un accord d’ici à décembre
De même, l’ancien président soviétique estime que les Etats-Unis de George W. Bush ont fait reculer la cause d’un monde sans armes nucléaires, en se lançant dans une recherche infinie de toute-puissance. «Le problème, c’est justement que les puissances nucléaires ne désarment pas. Or, ce qui rassure ces pays-là en menace d’autres, qui veulent à leur tour la bombe.»
C’est très différent si les grandes puissances se mettent à désarmer en renforçant les contrôles. Ils y mettraient une telle volonté politique que même les régimes les moins prévisibles seraient forcés de s’y soumettre, estime-t-il.
Surtout, Mikhaïl Gorbatchev croit notre époque particulièrement propice à un nouveau pacte nucléaire. Un accord sur la réduction des armements stratégiques (START) doit être conclu d’ici à décembre.
Un sixième round de négociations russo-américaines s’est achevé vendredi à Genève et un septième round doit commencer le 19 octobre. «J’ai dit autrefois à des Américains qu’il leur fallait faire une perestroïka. C’est ce qui est en train de se produire avec Barack Obama!»