H1N1

La pandémie est déclarée: ce qui va changer à Genève

Par ANNE-MURIEL BROUET et CAROLINE ZUERCHER le 12.06.2009 à 00:03

L’Organisation mondiale de la santé a annoncé hier le passage au niveau d’alerte maximal d’épidémie. Pour le citoyen suisse, cela ne signifie aucun changement de situation sanitaire. Si la grippe touche une entreprise ou une crèche, voici les mesures qui seront prises, selon le médecin cantonal.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’est rendue à l’évidence. Hier, après une réunion de son comité d’urgence à Genève, la directrice de l’OMS, Margaret Chan, a annoncé le passage au niveau d’alerte maximal, la phase?6. Il a fallu près de 30?000 cas confirmés, dans 74 pays, pour que la pandémie de grippe soit officiellement déclarée. C’est la première du XXIe siècle; elle survient plus de quarante?ans après la pré­cédente (1968) qui avait fait environ un million de morts.

Le fait que nous ayons atteint le niveau d’alerte maximal va-t-il chambouler nos vies? «Rien ne va changer du jour au lendemain dans le quotidien des Genevois», assure le médecin cantonal délégué aux maladies infectieuses, Philippe Sudre. D’abord parce que «nous sommes déjà en phase pandémique depuis un mois. Dès lors qu’un virus inconnu se transmet de personne à personne et fait des dizaines de cas, on peut parler de pandémie. L’OMS n’a fait que gagner du temps en redéfinissant les phases d’alerte.» Le niveau?5 avait été déclaré par l’OMS le 29 avril, moins de quinze jours après que la découverte du nouveau virus a fait le tour du monde.

Pas de quarantaine

«Le virus n’est pas davantage présent après l’annonce de l’OMS, enchaîne son homologue vaudois Eric Masserey. Par contre, cette décision change notre comportement face au virus: on reconnaît qu’il circule sur la planète entière et qu’on ne peut pas l’arrêter.»

A ce jour, il n’y a pas eu de transmission avérée de personne à personne sur sol helvétique. Le cas d’un patient vaudois qui ne s’est pas rendu à l’étranger est un peu particulier puisque l’on n’a pas réussi à identifier la source. «Mais cela viendra inéluctablement, annonce Philippe Sudre. L’été arrive, les gens vont voyager et ramener certainement le virus. Des petits foyers risquent de se développer dans une entreprise par exemple. Ce qui ne signifie pas que l’épidémie est hors de contrôle.»

Entreprise fermée?

L’entreprise sera-t-elle fermée? Serons-nous contraints aux quarantaines ou au port du masque? «Non. Nous glissons en fait vers une situation similaire à celle de la grippe saisonnière», poursuit-il. «Les personnes atteintes seront invitées à rester chez elles, mais petit à petit nous allons abandonner le dépistage systématique de tous les cas, comme l’ont déjà fait les Etats-Unis ou le Mexique. Nous n’allons plus non plus téléphoner à toutes les personnes qui étaient dans l’avion lorsqu’un cas suspect est détecté.»

Le feu étant parti, il devient inutile de tenter de l’éteindre. En revanche, il s’agit de limiter au maximum les brûlures. «Notre objectif est d’éviter que le virus n’atteigne les personnes présentant le plus de risques de complication ou celles qui pourraient répandre la maladie (les soignants, les enfants, les adultes qui s’en occupent), précise Eric Masserey. Ce comportement est le même que celui adopté face à une grippe saisonnière, mais la différence tient au fait que nous n’avons pas de vaccin. Il faut donc trouver d’autres solutions pour atteindre notre objectif (ndlr: l’utilisation de masques, l’hygiène ou les mesures d’isolement). Cette méthode donnera de moins bons résultats, mais il ne faut pas oublier que le vaccin, lui aussi, n’est jamais efficace à 100%. Le sérum, lui, est attendu pour la fin de l’année, alors qu’on peut s’attendre à ce que la vague de grippe traverse nos régions au plus tard à l’automne.»

Pas de fermeture anticipée des écoles ni d’annulation du Paléo Festival de Nyon en cas de découverte de cas donc. «On annoncera plutôt que les personnes à risques devraient éviter le festival ou alors mettre un masque pour assister aux concerts», précise Eric Masserey. En revanche, il n’est pas exclu que des soignants portent le masque dans un service d’oncologie ou qu’une crèche soit fermée durant quelques jours si un ou deux enfants sont malades.


Pas encore de vaccin contre le virus H1N1

Hier soir, le Conseil fédéral a lui aussi décidé de faire passer le niveau d’alerte à son maximum en Suisse. L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) ne veut toutefois pas prendre de mesures supplémentaires pour l’heure.

«Nous comptons actuellement 20 cas avérés de grippe A (H1N1) dans notre pays, a rappelé Thomas Zeltner, directeur de l’OFSP. Ce sont des cas isolés. Le risque pour la population n’augmente donc pas pour l’instant.» En plus, les données épidémiologiques disponibles indiquent que les symptômes ne sont pas sévères pour la plupart des malades. Ils se guérissent sans médicament ou avec des soins à domicile.

L’homme a toutefois précisé que la vague pandémique «atteindrait tôt ou tard la Suisse». Sans doute cet hiver déjà, en même temps que la grippe saisonnière. «La seule différence, c’est que nous n’avons pas encore de vaccin contre le virus H1N1», a rappelé Virginie Masserey, médecin à l’OFSP.

Les experts ont rappelé hier les mesures d’hygiène à respecter: se laver les mains plusieurs fois par jour. Utiliser un mouchoir en papier en cas d’éternuement ou de toux. Et appeler son médecin si l’on revient grippé d’un pays à risque. A noter qu’il est pour l’instant inutile d’annuler un voyage dans un de ces pays.

Nadine Haltiner, Berne


«Il y aura des morts en Suisse. C’est certain»

Si le passage en phase?6 se réalise de façon aussi sereine en Suisse et globalement dans le monde, c’est notamment parce que la pandémie est le fruit d’un virus qui ne semble pour l’heure pas très méchant. Le point avec le professeur Laurent Kaiser, responsable du laboratoire de virologie aux HUG.

Quelle est la virulence du virus H1N1?

Selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé, le taux de mortalité est d’environ 0,5%, soit un taux tout à fait comparable à celui de la grippe saisonnière. La crainte de l’OMS est que le virus évolue et provoque une seconde vague plus dangereuse que la première. C’est pour cela qu’elle opère une surveillance étroite. Cependant, il n’y a aucune preuve que le virus prenne cette voie. Il peut aussi rester relativement banal, tel qu’il est maintenant.

Le virus va-t-il muter?

Par définition un virus mute. Mais ce n’est qu’une possibilité parmi d’autres qu’il devienne plus pathogène. Le plus probable à mon avis est qu’il développe une résistance au Tamiflu.

Aurons-nous des morts en Suisse?

Mais même si le virus n’est pas plus virulent que ceux qu’on côtoie habituellement, on doit s’attendre à avoir un premier mort de la grippe?A en Suisse. C’est dans l’ordre des choses, au même titre que la grippe saisonnière tue plusieurs centaines de personnes chaque année.

Peut-on arrêter la surveillance systématique?

Déjà aujourd’hui, le nombre de cas qui nous sont envoyés pour confirmation ne reflète pas le nombre de cas réels. Le screening se focalise sur les symptômes grippaux classiques des personnes qui rentrent de voyage. Or, ce virus peut aussi provoquer un rhume sans fièvre. Il y a un grand nombre de cas très bénins.

Rappelons que les plans pandémie ont été faits pour des virus comme le H5N1 ou celui de la grippe espagnole. On ne peut pas aujourd’hui reproduire le même schéma de pensée.

? Renseignements sur la maladie et les recommandations: www.ge.ch/pandemie ou l’infoligne: 022?546?50?40.

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