Des panneaux de signalisation arrachés, l’étal de fruits d’un supermarché pillé pour bombarder la police, une voiture retournée, un photographe molesté et des jeunes portant sweats à capuche qui affrontent trois lignes de CRS… Une nouvelle manifestation d’étudiants qui dégénère avec des casseurs? Même pas. Juste un coup de pub. Une stupide opération de «guérilla marketing» qui a mal tourné, samedi en début d’après-midi.
C’est au pied du Mur de la Paix, à deux pas de la tour Eiffel, que plus de cinq mille personnes, venues de bonne heure de tout Paris et de proches villes de banlieue, étaient massées pour attendre un bus décoré aux couleurs de la société Mailorama. Des hôtesses devaient en jeter «cinq mille bourses contenant chacune un tract et un billet de banque» au montant compris entre 5 et 500 euros.
C’était du moins la promesse, non tenue, faite fin octobre sur le site web mailorama.fr, filiale de la société Rentabiliweb, qui rembourse une petite partie des achats effectués par des internautes auprès de ses partenaires.
A midi, le président de Rentabiliweb, Jean-Baptiste Descroix-Vernier, décide in extremis d’annuler l’opération, «suite à des troubles majeurs à la circulation» et «d’importants mouvements de foule», selon la préfecture. D’après son instigateur, Stéphane Boukris, elle devait pourtant «promouvoir ce qu’on fait tous les jours sur notre site: distribuer du cash».
Une plainte déposée
Après les échauffourées, Rentabiliweb risque surtout de récolter les ennuis. Déjà, comme lui a rappelé la préfecture de police de Paris, «la distribution d’argent comme support publicitaire est interdite», et passible d’amende. Le Ministère de l’intérieur a lui annoncé «son intention de déposer une plainte contre l’organisateur de l’événement à l’origine de ces troubles».
Sans rire, la société a déploré dans un communiqué «les débordements qui ont eu lieu». Pour elle, «toutes les précautions» et «garanties de bon déroulement» avaient été prises. Soit à peine cinquante agents de sécurité et quelques barrières pour canaliser une foule impatiente, et excitée par la rumeur. Sans rire encore, «Rentabiliweb partage la colère de tous ceux qui se réjouissaient de voir un budget publicitaire aller, pour une fois, dans la poche des consommateurs et non dans celle d’une régie».
Pour se rattraper, le président de Rentabiliweb, Jean-Baptiste Descroix-Vernier a promis que sa société allait reverser dès aujourd’hui l’intégralité de la somme prévue, 100?000 euros au total tout de même, au Secours populaire.
Drame du marketing à Zurich
La Suisse alémanique est sous le choc. Et en colère. Vendredi dernier, le base-jumper Ueli Gegenschatz est décédé de ses blessures. Après avoir raté un saut d’un immeuble de 88?mètres de haut. Pour Red Bull.
Werber Hermann Strittmatter, fondateur de l’agence de pub GGK à Zurich, résume la colère et l’incompréhension qui prévaut en Suisse alémanique: «Cet accident est la conséquence directe de l’event marketing, où les limites n’existent plus.» Mercredi dernier, le base-jumper Ueli Gegenschatz, âgé de 37?ans, devait sauter de la tour Sunrise à Oerlikon, haute de 88?mètres.
Cet exploit sportif lançait la campagne du fabricant de boissons énergétiques Red Bull pour… son tout nouveau téléphone portable. Hélas! Le parachutiste a brusquement perdu le contrôle de sa voile et s’est crashé. Vendredi soir, il a succombé à ses blessures.
Malgré cela, Red Bull – qui soutient plus de 500 sportifs de l’extrême dans le monde – vient d’affirmer qu’elle continuerait à promouvoir le base-jump. Or, Gegenschatz est le second sportif qui meurt cette année en Suisse pour Red Bull. En août dernier, le base-jumper américain Eli Thompson s’est tué à Lauterbrunnen. Il volait également pour la boisson énergétique.