L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a décidé mercredi soir de relever à 5 son niveau d’alerte pandémique et appelé les pays à activer leur plan de préparation à une pandémie, devenue «imminente».
«J’ai décidé de relever le niveau d’alerte à la grippe de la phase 4 à la phase 5», a annoncé la directrice générale Margaret Chan lors d’une téléconférence depuis le siège de l’organisation à Genève.
«Ce virus est d’un type nouveau, très imprévisible», a-t-elle souligné. «Tous les pays doivent immédiatement activer leur plan de préparation à la pandémie», a ajouté le Dr Chan en appelant, outre les gouvernements, l’industrie pharmaceutique à se mobiliser. Le déclenchement du stade 5 signifie «un signal fort qu’une pandémie est imminente» et qu’il ne reste que très peu de temps pour s’y préparer, selon les procédures de l’OMS.
Cette décision, recommandée par le Comité d’urgence d’une quinzaine d’experts de l’OMS convoqués mercredi soir, a été motivée par l’existence de foyers autonomes de la maladie dans deux pays distincts, au Mexique et aux Etats-Unis.
Un bébé est mort aux Etats-Unis
L’OMS attendait depuis deux jours la confirmation que les cas enregistrés aux Etats-Unis constituaient un foyer autonome de celui du Mexique où la maladie, apparue mi-mars, pourrait avoir fait 159 morts. Aux Etats-Unis, le virus A/H1N1 de type inédit a fait 91 malades confirmés et un mort, tandis que le Canada a enregistré 13 malades. Le virus a été détecté également en Europe, en Israël et en Nouvelle-Zélande.
Le déclenchement de la phase 5 implique une série de recommandations pour les pays concernés, dont la mise en place des plans de préparation à une pandémie. Ces plans comportent notamment la préparation de vaccins.
Outre les vaccins, la phase 5 s’accompagne en principe de mesures de confinement chez elles des personnes atteintes de maladies respiratoires, d’aménagement des horaires de travail ainsi que la fermeture des écoles. Les pays ont la charge de juger de la gravité de la situation sur leur territoire et d’appliquer en fonction de celles-ci les mesures qu’ils considèrent adaptées.
En revanche, la directrice de l’OMS a répété que l’organisation ne recommandait pas de restrictions pour les déplacements. Mesurant la valeur anxiogène de la décision, elle a appelé au calme.
«Nous devons maintenir un niveau de calme pour pouvoir continuer à gérer cette affaire de manière rationnelle», a-t-elle dit.
Mexico sous le signe de l’angoisse
La grippe porcine a métamorphosé la capitale mexicaine. Les cafés doivent fermer leurs portes, et les habitants se barricadent chez eux.
L’apparition du mystérieux virus a transfiguré la ville. Coutumiers du brouhaha de la capitale, les habitants se résignent à déserter les restaurants et les commerces. La majorité se barricade à domicile. D’autres se croient malades et encombrent les hôpitaux. Bref tableau d’une capitale au ralenti.
Les tables et les chaises sont empilées dans un coin. Mais le volet est levé et deux femmes s’activent derrière le comptoir. Dans ce petit restaurant de Mexico, on digère mal l’arrêté municipal de mardi, qui interdit de servir les clients à l’intérieur des établissements pour limiter les concentrations de personnes et donc la propagation de la grippe porcine.
«On offre de la nourriture à emporter. A vrai dire, personne ne vient. Il n’est pas exclu qu’on ferme», déplore la patronne. Presque tous les autres bars et restaurants affichent le panneau «Temporairement fermé sur ordre des autorités».
Commerces désertés
«Je trouve cela scandaleux», grogne la propriétaire d’un café. «On s’en prend aux restaurants qui respectent les mesures d’hygiène et pas aux vendeurs ambulants!» Vers midi, les charrettes à tacos qui s’installent à chaque carrefour attirent des nuées de clients. On y manipule l’argent en même temps que la nourriture, avec les doigts. La tradition résiste à la crise. Faute de restaurants, elle s’est même consolidée.
Depuis que l’alerte sanitaire a été déclarée, vendredi dernier, la capitale du Mexique s’est départie de son brouhaha légendaire. Les habitants ne sortaient plus que pour aller au travail, pour s’approvisionner ou pour louer des DVD. Ils ont dévalisé les supermarchés et les pharmacies. Seuls quelques audacieux s’aventuraient encore à flâner dans les parcs et sur les marchés.
Mais après la fermeture des restaurants, des cinémas et des espaces confinés tels que les salles de sport, les commerces de quartier sont eux aussi désertés. Le paysage devient désolant. Sans parler des pertes économiques, qui pourraient s’élever à 80 millions d’euros par jour.
Silence de mort
Dimanche déjà, la population a été privée des deux grandes activités dominicales traditionnelles: la messe et le football. Les églises restent ouvertes. Seuls les rassemblements de fidèles sont annulés. Dans les gigantesques stades de football, un silence de mort accompagnait les buts lors des matchs de dimanche, joués sans public.
Paradoxe: le métro, bondé et mal ventilé, foyer potentiel de contagion, continue de fonctionner. Les policiers et les soldats y ont déjà distribué des millions de petits masques antigrippe, un accessoire dont l’usage s’est rapidement généralisé ces jours-ci. Mexico n’a pas cédé à la psychose de l’épidémie. Mais dans les hôpitaux, les hypocondriaques affluent: les mesures drastiques de prévention ont eu comme effet secondaire de créer des malades imaginaires.
Emmanuelle Steels
Trois cas suspects à Genève
Trois cas suspects ont été identifiés et sont en cours d’investigation à Genève. «A ma connaissance, ces personnes vont bien», a rassuré Pierre-François Unger, ministre genevois de la Santé. Samedi dernier, un autre patient a été hospitalisé. On le suspectait d’être atteint de la grippe porcine. Si cela n’a pas pu être prouvé, cette personne est maintenant guérie, assure le conseiller d’Etat.
Le canton a mis sur pieds son dispositif en cas de pandémie. Il montera en puissance graduellement, a indiqué le ministre. Ce plan comprend l’ouverture, dès le 30 avril, d’une ligne d’information téléphonique: 022?546?50?40. Autre source d’information: le site Internet www.ge.ch/pandemie
Le Conseil fédéral a renforcé mercredi le dispositif de lutte contre une éventuelle pandémie et activé une cellule de coordination, chargée de conseiller et de soutenir la Confédération et les cantons. Le nombre de cas suspects en Suisse a triplé, pour atteindre 26. Il n’y a encore aucun cas avéré.
Outre Genève, sept cantons abritent des cas suspects, soit Argovie, Berne, Bâle-Campagne, Saint-Gall, Vaud, Valais et Zurich. Il s’agit de personnes qui se trouvaient dans les régions à risque et qui présentent les symptômes cliniques. Quelques-uns ont été placés en isolation à l’hôpital. Le nombre de cas suspects devrait continuer à augmenter avec l’arrivée de nouveaux voyageurs en provenance des régions à risque.
(dvh/ap)