Barack Obama n’a pas attendu longtemps avant de réagir. A peine le Conseil de sécurité des Nations Unies avait-il adopté, hier, un quatrième round de sanctions contre l’Iran que le président américain saluait ce «message sans équivoque» pour Téhéran. «Le vote d’aujourd’hui illustre le coût de plus en plus élevé qui accompagne l’intransigeance iranienne», a-t-il affirmé avant d’ajouter que le dialogue diplomatique était néanmoins toujours possible.
Après des semaines de négociations à l’issue desquelles les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France ont convaincu la Chine et la Russie de soutenir leur démarche: la résolution a été adoptée hier par 12 voix pour, 2 voix contre (Brésil et Turquie) et une abstention (le Liban). Les sanctions empêchent l’Iran d’acheter de l’armement lourd. Elles frappent aussi durement l’économie iranienne et l’isole toujours plus en compliquant les transactions financières avec les banques iraniennes et en faisant plus que doubler le nombre de compagnies dont les avoirs sont gelés.
Mais Arang Keshavarian, professeur associé d’études islamiques à la New York University et expert sur l’Iran, doute de l’impact des sanctions sur le régime du président Mahmoud Ahmadinejad. «Ces sanctions ne conduiront pas à terme à un changement de pouvoir à Téhéran comme certains l’espèrent aux Etats-Unis», explique-t-il.
«Erreur fondamentale!»
«C’est le contraire qui va arriver. Elles renforcent le pouvoir du régime iranien et notamment celui des Gardiens de la révolution.» L’expert souligne que ces derniers profitent d’une certaine manière du blocus économique, car ils ont mis sur pied un réseau qui leur permet d’importer des produits via Dubaï.
«Les Occidentaux font aussi une erreur fondamentale en pensant que le régime iranien est homogène», ajoute-t-il. «Quand des Iraniens négocient avec les Occidentaux sur la question nucléaire, ils doivent aussi négocier au niveau interne pour convaincre certaines factions du pouvoir de traiter avec les Américains et les Européens. En durcissant les sanctions, la communauté internationale met des bâtons dans les roues de ceux qui prônent l’ouverture en Iran, car elle donne l’impression aux Iraniens que cela ne sert à rien de négocier.» Mardi après-midi, une réunion sur l’Iran s’était tenue au Conseil de sécurité à la demande du Brésil et de la Turquie, qui ont conclu le 17 mai dernier un accord avec l’Iran. Selon celui-ci, Téhéran accepte d’échanger en Turquie son uranium faiblement enrichi contre du combustible pour son réacteur nucléaire de recherche médicale. Mahmoud Ahmadinejad avait prévenu avant le vote à l’ONU que cet accord était une «occasion qui ne se répéterait pas».
Incompréhension
Le Brésil et la Turquie se sont d’ailleurs opposés aux nouvelles sanctions, estimant qu’elles étaient contre-productives à l’heure actuelle. Le Brésil affirme que le gouvernement Obama l’a encouragé à négocier avec l’Iran. «Je ne comprends pas pourquoi l’administration Obama a encouragé le Brésil et la Turquie à trouver un accord avec Téhéran et l’a ensuite critiqué», poursuit Arang Keshavarian. «Ces sanctions envoient le message aux Iraniens que les Etats-Unis ne sont pas intéressés à discuter.»
Les mesures adoptées hier ne sont probablement pas les dernières à frapper l’Iran. La Russie et la Chine ont bloqué toute tentative de toucher à l’industrie pétrolière et du gaz en Iran. Le Congrès planche sur un projet de loi qui bannirait du territoire américain toute compagnie qui investit dans le pétrole et le gaz iraniens. Howard Berman, un élu démocrate à la Chambre des représentants, a affirmé hier que les parlementaires américains agiraient ce mois-ci.