Les syndicats français ont réussi leur journée d’action contre la réforme des retraites menée par le président Sarkozy et son gouvernement. Que l’on prenne l’estimation des organisateurs ou celle de la police, le résultat est le même: les manifestants ont été plus nombreux, hier, dans les 220 cortèges qui ont irrigué l’Hexagone que lors des défilés organisés le 24 juin dernier dans le même contexte.
La police avance le chiffre de 1,12 million de participants aux cortèges antiretraites (800?000 en juin) alors que les syndicats annoncent 2,7 millions (2 millions en juin) de manifestants. Ce résultat est d’autant plus méritoire qu’une grande partie de la France a subi une météo exécrable. Ainsi, les organisations syndicales ont-elles annulé la manif de Nîmes en raison de violents orages.
Les socialistes n’évoquent pas les affaires Woerth
A l’Assemblée nationale, l’ambiance s’est également révélée tempétueuse. Le débat sur cette réforme – qui veut notamment élever l’âge légal de la retraite de 60 à 62?ans – a provoqué le chahut de l’opposition. Le président de cette chambre parlementaire – l’Annécien Bernard Accoyer – a même dû suspendre la séance pour que les esprits se refroidissent. Cela dit, le ministre du Travail, Eric Woerth, qui soutenait la réforme au nom du gouvernement, n’a été attaqué que sur les aspects techniques du projet. Les députés socialistes ont fait savoir qu’ils n’aborderaient pas les questions qui fâchent vraiment: celles relatives aux affaires Woerth-Bettencourt. L’examen de ce projet se poursuivra jusqu’à la mi-septembre à l’Assemblée avant d’être présenté au Sénat en octobre.
Députés et sénateurs peuvent encore amender ce projet. Mais le président Sarkozy – qui veut brandir son bâton de maréchal réformateur grâce à cette
réforme – dispose d’une large majorité. Cela dit, cette mobilisation réussie peut induire le gouvernement à lâcher du lest sur le sujet qui lui en coûtera le moins, à savoir prévoir des aménagements pour les salariés dont le travail est pénible ou qui ont commencé tôt à travailler. Toutefois, les syndicats ne se contenteront pas de ce biscuit. Ils réclameront le maintien à 65?ans pour toucher une retraite complète, le projet établissant ce seuil à 67?ans.
Et sur ce point, le bras de fer risque d’être fort disputé. Quant à l’âge légal de la retraite, Sarkozy et ses ministres ne céderont pas: ce sera bien 62?ans au lieu de 60. D’ailleurs, le ministre Eric Woerth l’a clairement signifié au 20?heures de TF1: «Les fondamentaux de la réforme ne seront pas remis en cause.»
Les syndicats se réunissent cet après-midi pour définir leurs actions futures. Va-t-on vers une grève générale? Hier soir à TF1, le numéro un de la CGT, Bernard Thibault, a répondu: «Je n’exclus rien.»