Employé de sécurité au siège du quotidien Le Figaro, Valéry (24 ans), a terminé son travail, vendredi 29 janvier. Sur le quai de la station «Bibliothèque François-Mitterrand» dans le XIIIe arrondissement de Paris, il attend le RER C qui va le conduire à Morangis dans l’Essonne (région parisienne) afin de rejoindre sa compagne, enceinte de six mois. Il est 20?h?30. Soudain, comme le relate Le Figaro de jeudi, un homme âgé d’une quarantaine d’années bondit sur Valéry et l’entraîne avec lui sous les roues du RER. La victime et son agresseur meurent, broyés par le train.
Ce type de drame survient-il souvent? Il n’existe aucune statistique précise. Néanmoins, si ceux que l’on appelle «les mortels pousseurs du métro» ne sont pas légions à Paris, trois épisodes semblables au moins sont intervenus en un an: deux tentatives et une agression qui a causé de sévères blessures à un voyageur. Autre indice démontrant que ce phénomène n’est pas isolé: il fait l’objet d’études médicales.
Sans travail, ni logement
L’une d’entre elles, menée en 2005 par trois psychiatres français — les docteurs J. Nahmias, Magali Bodon-Bruzel et Christian Kottler — définit le profil de ces «pousseurs de métro», à partir de huit cas hospitalisés au Centre Paul-Guiraud à Villejuif près de Paris. Ces patients ont poussé treize voyageurs dont trois furent tués et deux, grièvement blessés.
Selon cette étude, leur âge moyen est de 31 ans, la plupart souffrent de schizophrénie avec délires de persécution, accompagnés, parfois, de troubles liés à l’alcool. Sans surprise, on apprend qu’ils ne sont pas ou plus soignés, n’ont ni travail, ni famille, ni logement. «La surreprésentation des sans-abri est sûrement en rapport au lieu même des quais du métro, transformés le plus souvent en lieu de vie», relève cette étude.
La parade
Pour la RATP (Régie autonome des transports parisiens), les «pousseurs» ne sont que l’un des nombreux problèmes de sécurité qu’elle doit résoudre. Ainsi 180 personnes par an, en moyenne, se suicident sur les voies du métro, avec tous les traumatismes psychiques que cela provoque chez les conducteurs. Les différentes forces de sécurité présentes dans les transports publics de la région parisienne comptent, en tout, 3000 agents. «Il est impossible d’en placer un derrière chacun des dix millions de passagers qui fréquentent nos lignes, chaque jour. La parade principale demeure les portes palières ou façades de quai», explique un porte-parole de la RATP.
Il s’agit de grandes parois de verre ou de matériaux composites transparents qui sont disposées le long des quais, s’emboîtent sur les portes des rames et en coulissant, permettent aux voyageurs de descendre ou de monter dans les voitures. Deux lignes sont équipées ou vont l’être (la 14 et la 1). La plus populeuse (la 13) le sera en partie. Mais le coût est élevé: 33 millions d’euros (48 millions de francs) pour la ligne 13. Et le métro et le RER parisiens disposent, en tout de 21 lignes!