«L’évolution vers une pandémie n’est pas inévitable. Mais nous prenons la menace très au sérieux», a rappelé hier le directeur général adjoint de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Dr?Keiji Fukuda. Il a annoncé que le seuil d’alerte reste en phase 4. Et souligné que «les pays doivent prendre cette opportunité pour se préparer au mieux à une pandémie».?
Difficile donc encore à cette heure d’appréhender le danger que pourrait représenter le nouveau virus de la grippe d’origine porcine H1N1. La première confusion vient des chiffres. L’OMS a fait état en fin d’après-midi d’un total de 79 cas confirmés: 40 aux Etats-Unis, 26 au Mexique, 6 au Canada, 2 en Espagne, 2 en Grande-Bretagne et 3 en Nouvelle-Zélande. Toujours selon l’OMS, sept personnes sont décédées, toutes au Mexique.
Parallèlement, le Centre de contrôle des maladies américain rapporte 64 cas, dont plusieurs hospitalisations dans l’Union. Un malade a en outre été confirmé dans l’Indiana alors qu’il ne revenait pas du Mexique. Le Mexique, lui, avance toujours quelque 150 morts et des centaines de malades. Des cas confirmés ont été officiellement annoncés en France et en Israël notamment.
Genevois suspects
Quant aux cas suspects, rares sont les pays qui n’en ont pas annoncé, la plupart pour l’instant se sont révélés négatifs.
En Suisse, on est passé de cinq à neuf cas en un jour. Parmi ces personnes, de retour du Mexique, «certaines se trouvent dans les cantons de Genève et de Vaud», a précisé hier, sans plus de détails, Patrick Mathys, chef de la section préparation pandémie. Pour l’instant, aucun cas de contraction de la grippe porcine n’est avéré. Et la Confédération a promis d’informer rapidement en cas de développement.
La Suisse déconseille les voyages
Les propos de l’OMS ne sont pas plus clairs en ce qui concerne la dangerosité du virus. D’un côté, l’organisation gouvernementale avance que si des cas endogènes sont confirmés aux Etats-Unis, elle pourrait passer l’alerte en phase 5. La phase 5 signifierait que le virus est de plus en plus adapté à l’homme et se transmet en dehors de l’épicentre. Parallèlement, l’OMS n’excluait pas hier une épidémie de faible intensité.
Règne donc un climat de veillée d’armes. La pandémie est annoncée, mais personne ne sait si elle se déclarera. C’est dans ce climat qu’hier à Berne, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a dressé un état des lieux. Première information, le niveau d’alarme, calqué sur celui de l’OMS, n’a pas bougé.
Seule véritable nouveauté annoncée par le directeur de l’OFSP, Thomas Zeltner: les voyages au Mexique, où 19 des 31 Etats sont touchés par la nouvelle souche virale, sont déconseillés. «La situation est trop incertaine, a indiqué le haut fonctionnaire. Mieux vaut donc repousser son séjour.»
Même en matière de voyages, le flou règne au niveau mondial. Alors que l’OMS n’a pas souhaité restreindre les déplacements, suivie par la Commission européenne, des pays comme la France ou le Royaume-Uni ont fait comme la Suisse. Faut-il s’attendre à d’autres mises au ban? «Pour l’instant, il n’y a pas d’autres foyers non contrôlés, mais tout peut évoluer très vite», a commenté Thomas Zeltner.
Politiquement, le Conseil fédéral n’a donc pris aucune décision urgente pour l’instant. Tout au plus prévoit-il d’en prendre certaines de nature
organisationnelle ces prochains jours. Objectifs: mieux coordonner ses activités, celles des cantons et des acteurs de la santé. Au cas où.