Article 25.1
Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.
Y a-t-il eu le moindre progrès en soixante ans?
Pour résoudre le problème de la faim, il faut remplir deux conditions: produire assez de nourriture et garantir que chacun puisse y accéder. La planète a relevé le premier de ces défis: la capacité de production n’a pas cessé de progresser. Mais sur le deuxième point, c’est l’échec. Un échec politique. Tous n’ont pas le pouvoir d’achat permettant de subvenir à leurs besoins.
Et aujourd’hui?
Malheureusement, les mêmes erreurs sont répétées. On ne songe qu’à produire plus. Cela ne suffira pas. 80% des gens sous-alimentés sont des petits producteurs, des paysans sans terre ou encore des éleveurs!
Comment expliquer le paradoxe?
L’action internationale est basée sur un diagnostic erroné. Comme on voulait accroître la capacité de production, on a favorisé les monocultures et le contrôle de la chaîne de production par des grandes firmes agroalimentaires. Du coup, les petits paysans marginalisés peinent à suivre la hausse du coût des engrais et vendent leurs produits à des prix planchers. Ils n’arrivent plus à tourner. Simultanément, l’écart se creuse entre le prix payé au producteur et le prix de vente aux consommateurs. Normal, puisque l’on traite l’alimentation comme n’importe quelle marchandise. Les intermédiaires encaissent la différence. C’est la loi de l’offre et de la demande. Mais le petit producteur ne gagne pas assez pour nourrir sa famille.
C’est désespérant. Que faire?
La communauté internationale a pris conscience qu’elle s’est trompée. Mais il est tard. Et avec le changement climatique, on nous annonce d’ici à 2030 une chute de 50% des productions dans certaines zones d’Afrique. Sans compter que l’industrie agroalimentaire épuise progressivement les sols…
Certains pays d’Afrique en ont pris conscience et encouragent le retour à la petite agriculture. Le Vietnam, de son côté, a bien résisté à la crise alimentaire, car la répartition des terres y est plus égalitaire.
Pouvez-vous énoncer trois mesures à prendre d’urgence?
D’abord, réintroduire des organes d’Etat chargés de réguler les prix. Ensuite, énoncer des stratégies nationales pour garantir le droit à l’alimentation, avec des lois, des responsables et des recours possibles. Enfin, contrôler les prix payés aux producteurs par les compagnies transnationales.
Pour en finir avec le libre marché?
(Rire) Le libre marché n’existe pas. Il y a toujours eu des règles. Il s’agit de les rendre efficaces.
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