Véronique Courjault est une énigme faite femme. Elle a affronté, hier à Tours, les jurés et la Cour d’assises d’Indre-et-Loire. Cette mère de famille de 41?ans ne vit pas dans un Bronx familial où la misère accomplirait ses noces avec la drogue ou l’alcoolisme. Elle fait partie de cette bourgeoisie française moyenne, dans tous les sens du terme.
De souche paysanne mais
ayant suivi des études universitaires. Avec un mari ingénieur, gentil et amoureux. Avec deux enfants de 14 et 12 ans dont
elle s’occupe admirablement. Son entourage l’a décrit comme introvertie. C’est tout.
L’inexplicable
Alors comment en est-elle arrivée à tuer trois de ses nouveau-nés, trois petits garçons parfaitement conformés? Lorsque ce procès se terminera mercredi 17 juin, il est peu probable qu’une réponse, autre que judiciaire, lui sera apportée, tant les ressorts du psychisme humain nous échappent. Et ce ne sont pas les quatre expertises psychiatriques, souvent contradictoires, qui jetteront la lumière dans cette nuit intérieure. L’une d’entre elles conclut à un déni de grossesse. Une autre balaie cette hypothèse et parle de «plaisir secret du pouvoir à donner la vie et la mort».
Les faits. Alors que le couple est détaché à Séoul pour des motifs professionnels, le mari de l’accusée, Jean-Louis Courjault, découvre deux cadavres de nourrisson dans son congélateur, dimanche 23 juillet 2006 et avertit la police locale. De retour en France, le couple convoque une conférence de presse pour répondre aux soupçons des policiers coréens. Non, ils ne sont pas les parents de ces deux petits. Mais les analyses génétiques menées tant à Séoul qu’en France confirment le lien de parenté entre les Courjault et les bébés congelés.
Véronique passe alors aux aveux. Elle a accouché à deux reprises dans la salle de bains
de leur logement à Séoul, en automne 2002 et décembre 2003. Elle a aussitôt asphyxié ces deux garçonnets et les a enveloppés dans des sacs pour les cacher à l’intérieur d’un grand congélateur.
Aux enquêteurs, Véronique Courjault confie qu’elle a tué un troisième enfant, né dans les mêmes conditions au printemps 1999 en Charente-Maritime. Elle a brûlé son corps.
Et le mari? Il ne s’est rendu compte de rien et ignorait même que sa femme était enceinte. D’ailleurs, tout l’entourage de la famille partageait cette ignorance, tant Mme Courjault savait cacher son état par ses vêtements amples, ses changements de poids et ses mille techniques d’évitement. Cela explique que Jean-Louis Courjault – qui reste très attaché à sa femme – ne se trouve pas sur le banc des accusés.
Au cours de ce procès, comment Véronique expliquera-t-elle l’inexplicable?