OMS

La lutte contre les épidémies cache d’autres enjeux

Par ALAIN JOURDAN le 19.05.2009 à 00:00

Les questions de sécurité sanitaire sont l’affaire des Etats. Des intérêts politiques et économiques sont en jeu.

Actualité oblige, le programme de l’assemblée annuelle de l’Organisation mondiale de la santé a été bousculé. Il n’est quasi plus question que du H1N1. Le virus apparu au Mexique a éclipsé tous les autres sujets. Initialement, il était prévu un débat sur l’impact de la crise économique sur la santé des populations dans les pays les plus pauvres. Les questions de sécurité sanitaire priment tous les autres sujets.

L’OMS est une énorme machine. C’est l’agence onusienne qui affiche le plus gros budget, près de 4 milliards de francs suisses. Les Etats sont les premiers contributeurs. A ce titre, ils fixent les priorités. Or, ce qui hante les esprits des dirigeants du monde, c’est le scénario catastrophe. Celui d’une épidémie incontrôlable qui pourrait se propager à toute la planète en décimant des populations entières. En 1918, la grippe espagnole fit plus de 10 millions de morts.

Aujourd’hui, on est dans l’urgence. La question de fond reste pourtant l’accès aux soins pour tous à un moment où la mondialisation tend à accentuer les écarts entre pays riches et pays pauvres, entre le Nord et le Sud. La constitution de l’OMS stipule que «la possession du meilleur état de santé qu’il est capable d’atteindre constitue l’un des droits fondamentaux de tout être humain».

Maîtrise de menaces

Derrière le principe universel, il y a une autre réalité. Celle de pays qui cherchent à garder une longueur d’avance sur les autres, convaincus que la maîtrise des menaces sanitaires est un atout, voire une arme, politique et économique. Passée sous silence ou ignorée, cette dimension stratégique des enjeux de santé laisse supposer que l’OMS est une enceinte complètement pacifiée. Il n’en est rien.

Les intérêts ne sont pas les même pour tous. Pour comprendre ce qu’il s’y joue, il faut tendre l’oreille. Après l’épidémie de grippe aviaire, la ministre indonésienne de la Santé, Siti Fadilah Supari, a tenu des propos très durs à l’adresse de l’OMS pour dénoncer le monopole occidental sur la recherche. Un combat dans lequel se sont reconnus les pays pauvres. Las de remettre leurs souches virales au réseau de surveillance de l’OMS aux seules fins de permettre à des laboratoires de trouver des vaccins… revendus plus tard à prix d’or. «Certains ont profité des lacunes du système», déplorent les animateurs de La Déclaration de Berne, une ONG Suisse.


La Suisse se prépare, avec modération

Un seul cas de grippe A (H1N1) confirmé à ce jour en Suisse. C’est presque un miracle pour un pays qui possède trois grands aéroports internationaux. C’est surtout une aubaine.

Le fait que la Suisse soit encore épargnée à ce jour par le nouveau virus de la grippe lui permet «de mieux connaître le virus, d’espérer que l’été atténuera sa propagation et de gagner du temps pour disposer d’un vaccin, avant une éventuelle deuxième vague», a précisé hier, au Club Suisse de la Presse, Virginie Masserey, en marge de l’assemblée générale de l’OMS.

«Davantage de flexibilité»

«C’est que, a rappelé la cheffe de la section de vaccinations à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), si l’on peut contenir la propagation du virus, on ne peut plus interrompre sa transmission. On doit se préparer à être infecté.»

Peu concernée – encore – par le virus lui-même, la Suisse n’en suit pas avec moins d’attention l’assemblée générale de l’OMS. «On s’est rendu compte que le plan pandémique était un jeu sur papier, mais qu’il comporte ses faiblesses», a souligné le directeur de l’OFSP, Thomas Zeltner, qui conduit la délégation helvétique. Ainsi, les phases de pandémie ont été élaborées sur des critères géographiques qui ne tiennent pas compte de la sévérité du virus. Du coup, le cas du nouveau virus – pas trop sévère, mais qui se propage à travers le monde – échappe aux définitions théoriques. «Il faudrait davantage de flexibilité, a précisé Thomas Zeltner.

Soit rester plus longtemps en phase 5, soit imaginer une phase 6 «douce» qui ne serait pas, comme c’est le cas dans beaucoup de pays, couplée avec l’obligation de commencer la production de vaccins.» Une question que l’OMS devra rapidement régler, étant donné que le foyer de grippe au Japon pourrait justifier le niveau d’alerte maximal.

De manière proportionnée

«Il n’y aura pas de mise en œuvre automatique sur la base des phases de l’OMS, a toutefois avancé Virginie Masserey. Si les plans pandémie envisagent le scénario du pire, il faut les appliquer de manière proportionnée.» Raison pour laquelle, par exemple, les recommandations de ne pas voyager au Mexique ont été levées et ne touchent pas les Etats-Unis.
Anne-Muriel Brouet

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