L'événement

La Lune, un ascenseur pour la conquête de Mars

Par ANNE-MURIEL BROUET ET PIERRE-YVES FREI le 20.07.2009 à 00:02

Il y a 40?ans aujourd’hui, les Etats-Unis envoyaient le premier homme sur la Lune La Lune est devenue un passage pour s’imposer sur la scène mondiale. Mais l’étape suivante, c’est Mars. L’avenir est aussi à la détection d’autres «Terre», habitables, en dehors de notre système solaire.

Alors que les Américains n’avaient pas encore posé le pied sur la Lune, en 1969 la question était déjà à l’agenda: quand irons-nous sur Mars? Quarante ans plus tard, la question est un tout petit peu différente: qui ira sur Mars? Et quel nouveau drapeau sera planté sur la Lune? Car ni la conquête de notre satellite ni celle d’autres planètes de notre système solaire – voire d’autres systèmes – ne poursuit un but strictement scientifique. Lorsque Neil Armstrong, le 21 juillet 1969, pose son pied gauche sur la Lune, les Etats-Unis montrent à l’Union soviétique qu’ils sont les plus forts de la planète. De l’Univers d’alors.

La course à la Lune ne fut rien d’autre qu’une extension de la guerre froide, le fruit d’une rivalité entre les deux puissances pour le titre de plus grande. L’histoire est loin d’être révolue. La Lune reste aujourd’hui, et peut-être plus que jamais, un passage obligé pour qui veut s’imposer comme un caïd sur la scène internationale. Seul le nom des nations change.

Un taïkonaute sur la Lune

Dernière venue dans la compétition, la Chine fait montre d’un dynamisme peu commun. Elle possède l’essentiel de la technologie nécessaire, avec ses fusées Longue Marche et ses modules Shenzhou. Son but, avoué depuis plusieurs années: voir un ou plusieurs taïkonautes marcher sur la surface de la Lune. Et personne ne doute qu’elle y parvienne. En 2003, elle a fêté son premier taïkonaute. Depuis, la Chine vole de succès en succès. Elle prévoit d’envoyer plusieurs engins motorisés avant de faire de même avec des hommes entre 2020 et 2025.

Les ambitions chinoises dépassent la gloriole nationale. Pour Pékin, notre satellite est une mine potentielle d’énergie solaire et surtout d’hélium?3. Reste à prouver qu’il sera exploitable.

L’Inde a bien sûr également son projet de planter de drapeau et espère coiffer au poteau la Chine. La Corée du Sud n’est pas en reste non plus.

L’escalade

Est-ce un hasard? C’est au moment où la Chine montrait clairement ses ambitions lunaires que George W. Bush annonçait que la NASA se lançait désormais à la conquête de Mars. Ce programme, baptisé Constellation et estimé à 150 milliards de dollars, comprend, d’ici à 2020, un retour sur la Lune qui ne fera plus alors qu’office de tremplin.

Toutefois, entre-temps, Barack Obama est arrivé au pouvoir et la crise économique a frappé les budgets, y compris celui de la NASA. Le sien ne lui permet du reste même pas, à l’heure actuelle, de viser la Lune dans dix ans. Le président américain ne rejette pas l’objectif martien, mais a nommé une commission d’experts pour examiner le programme et faire des recommandations d’ici à la fin août.

Quoi qu’il en soit, les Etats-Unis savent déjà qu’ils ne planteront pas seuls leur bannière sur la planète rouge. Plus que jamais, ils doivent intensifier dans ce domaine la collaboration engagée avec les Européens, les Japonais et les Canadiens.

 


 

Les exoplanètes, une grosse concurrence pour Mars

Les rêves avancent en même temps que la science. Quand Mars n’était encore pour les hommes qu’un minuscule point dans le ciel, la Lune avait toutes leurs faveurs, surtout dès qu’il fut possible de l’admirer avec une lunette à partir du XVIIe siècle. Dans ses Entretiens sur la pluralité des mondes, Fontenelle suggère, sans doute pour captiver l’attention de sa belle marquise, que «la Lune est une Terre comme celle-ci et apparemment elle est habitée». Il faudra attendre la fin du XIXe siècle pour que les Luniens soient détrônés dans l’imaginaire collectif. L’Américain Percival Lowell a dirigé son télescope, le plus puissant de l’époque, sur Mars. Il croit distinguer des formes qui ne pourraient s’expliquer que par la présence d’une intelligence sur cette planète. Le mythe des Martiens est né.

C’est donc tout naturellement qu’après avoir conquis la Lune, les Terriens se sont mis à rêver de Mars. Sentant que les Etats-Unis étaient désormais talonnés par l’Asie pour une (re)conquête de la Lune, George W. Bush annonça avec fracas, en janvier 2004, son intention d’envoyer des hommes sur Mars. Rien ne dit pourtant que cet objectif soulève l’enthousiasme des foules. La planète rouge a toutes les chances d’être stérile. Privée de ses petits hommes verts, elle a perdu de son glamour. Et ce d’autant plus qu’elle doit faire avec des concurrentes sérieuses: les exoplanètes, autrement dit des planètes en orbite autour d’autres étoiles que le Soleil.

A la recherche d’une autre Terre

Depuis que la première d’entre elles fut découverte en 1995 par deux scientifiques de l’Observatoire de Genève, Michel Mayor et Didier Queloz, ce nouveau champ de recherche a pris un fantastique essor. Les instruments se sont affûtés au point que la masse des derniers objets découverts se rapproche dramatiquement de celle de la Terre. Bref, s’il y a une chance de découvrir une vie extraterrestre, le scoop viendra des chasseurs de planètes.

D’ailleurs, ils imaginent déjà comment: un télescope spatial, organisé en flottille, capable non seulement «d’éteindre» une étoile pour dévoiler les planètes en orbite autour d’elle, mais également de réaliser un spectre de leur atmosphère pour y détecter la présence d’oxygène, indice presque incontournable de la présence d’une forme de vie. Horizon 2030-2040.

 


 

La Lune a été conquise grâce à une technologie nazie

La science n’est ni bonne ni mauvaise. Seule l’utilisation qu’on en fait peut l’être. La preuve: sans la technologie développée par l’Allemagne dès la seconde moitié des années?30, les Etats-Unis n’auraient probablement pas mis un pied sur la Lune en 1969.

Bombes fusées V2

Tout repose sur un homme, Wernher von Braun. Ingénieur allemand visionnaire, passionné d’espace, inscrit au Parti nazi, il rejoint les SS en mai 1940. Mais surtout, il est celui qui va développer les V2, bombes fusées de triste mémoire, portant le sceau du Reich, qui s’abattront massivement sur la Grande-Bretagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Devant l’avancée des troupes alliées, Wernher von Braun se rend aux Américains en mai 1945. Sa science inégalable convainc Washington de l’exfiltrer aux Etats-Unis, avec une partie de son équipe et quelques V2. Il développera désormais les missiles balistiques américains. Mais il rêve avant tout d’emmener l’homme dans l’espace. Le gouvernement américain n’y croit pas.

Spoutnik: le coup de fouet

En 1957, le Spoutnik soviétique écrit les premières lignes de la conquête de l’espace. L’URSS a devancé les Etats-Unis, grâce au concours de Serguei Korolev et de Helmut Göttrup, un ancien proche collaborateur de Wernher von Braun. Piqué au vif, Washington réagit en chargeant ce dernier de faire mieux. Il s’exécutera au-delà des espoirs les plus fous du gouvernement américain. C’est aussi son empreinte que les astronautes ont laissée sur la Lune en 1969.

 


 

Une naissance violente

On a tellement l’habitude de la voir qu’on en oublierait presque que la Lune, à l’instar de tous les astres, a dû passer par une phase de formation. Facile, pense-t-on, pour des scientifiques qui n’ignorent presque plus rien de la formation du système solaire. Eh bien, non. La Lune est cachottière. On a d’abord cru qu’elle s’était formée par fission. Animée d’un très fort mouvement de toupie à ses débuts, la Terre aurait en quelque sorte expulsé un bout d’elle-même, qui serait resté en orbite. On a aussi imaginé que les deux astres se seraient formés de la même façon, à partir du disque de matière (poussières et glaces) qui s’était organisé autour du Soleil naissant. Terre et Lune auraient ainsi grandi, grossi l’une à côté de l’autre, de conserve. D’autres chercheurs ont évoqué la possibilité d’une Lune qui serait venue du fond de l’espace avant de se faire accrocher par la gravitation terrestre. Las! Aucune de ces théories ne fonctionne. Elles sont soit mises en échec par les principes de la mécanique gravitationnelle, soit par la chimie des échantillons géologiques lunaires.

Conséquence: la science privilégie aujourd’hui le scénario d’un astéroïde de la taille de Mars, qui serait venu heurter une Terre au temps de sa formation. Une partie des débris de cette terrible collision se seraient ensuite réunis en orbite avant de s’accréter et donner ainsi naissance à la Lune.

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