Le philosophe et ancien ministre Luc Ferry s’est dit, hier, «ravi d’avoir jeté un pavé dans la mare» en accusant, sans le nommer, un ancien membre du gouvernement français d’avoir commis des actes pédomaniaques au Maroc. Mais il risque fort d’être éclaboussé par son propre jet. Ferry sera convoqué ces prochains jours par les policiers parisiens de la Brigade de protection des mineurs afin qu’il s’explique plus en détail sur ses gravissimes accusations qui ont mis, une fois de plus, la classe politique française en ébullition. Toutefois, le philosophe a répété qu’il ne détient aucune preuve propre à étayer ses dires.
Double enquête
Le Parquet de la capitale vient d’ouvrir une enquête préliminaire qu’il a confiée à la police. A l’issue de ces investigations policières, le Parquet décidera de poursuivre ou non la procédure devant la justice pénale. Une plainte se greffera prochainement sur cette enquête, émanant de l’association marocaine Touche pas à mon enfant qui saisira la justice tant à Paris qu’à Marrakech. Deux enquêtes se dérouleront donc, selon toute vraisemblance, en France et au Maroc, ce qui devrait délier d’autres langues, de part et d’autre de la Méditerranée. Dès lors, il semble difficile, désormais, d’enterrer ce dossier.
Cette fois-ci, Luc Ferry ne pourra plus botter en touche en invoquant un procès en diffamation pour éviter de divulguer le nom d’un ancien ministre «qui s’est fait poisser à Marrakech dans une partouze avec des petits garçons», comme il l’a déclaré à la chaîne télévisée Canal+, lundi soir. S’il persiste à ne pas identifier le personnage en question lors de son audition à la police parisienne, Ferry pourrait s’exposer à des poursuites. Il devra également nommer les ministres et le chef du gouvernement qui, à l’en croire, connaissaient l’affaire. Mais Luc Ferry est contredit par son ancien premier ministre, Jean-Pierre
Raffarin, qui, tombant des nues, déclare au Parisien qu’il n’a «jamais entendu parler de ce genre de dossier» et ajoute: «Cette histoire paraît ahurissante.» Ex-chef du gouvernement lui aussi, Dominique de Villepin a déclaré tout ignorer de l’affaire.
L’UMP voit rouge
La pression ne s’exercera pas seulement sur Ferry mais aussi sur la rédaction du Figaro Magazine qui avait révélé l’affaire de Marrakech sur laquelle le philosophe a rebondi lors de l’émission de Canal+.
Les élus et ministre de l’UMP – politiquement proches de Luc Ferry – ont administré une volée de bois vert au philosophe et ex-patron de l’Education nationale. La palme de la sévérité revient à Rachida Dati. L’ancienne ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy commente ainsi les propos de Ferry au micro de RMC: «Ce qu’il dit, c’est la non-dénonciation d’un crime. La pédophilie (ndlr: pédomanie) est un crime. Donc, s’il sait des choses, il doit dénoncer les faits et indiquer de qui il s’agit.» Par le truchement de sa porte-parole, la socialiste Ségolène Royal émet un avis semblable à celui de Rachida Dati. Toutefois, les autres grandes figures du PS font plutôt profil bas.
La classe politico-médiatique est à nouveau saisie de frénésie et des noms circulent ici ou là. Un ancien dirigeant du Figaro, Thierry Desjardins, a cité, jeudi, le patronyme d’un ancien ministre sur son blog. Mais sans apporter de preuve. Dans la journée, ce texte a été annulé et n’était plus consultable.