Les bouteilles de mousseux explosent dans le bar Gari. Ricardo, le patron du lieu, pleure, chante, embrasse et rit à la fois. Sur toutes les lèvres un cri: 80 076! Le 3e numéro gagnant du tirage de Noël de la Loterie Nationale. C’était «Le» numéro vendu par Ricardo, et tous les habitués de ce modeste bar de Soria, petite ville du centre de l’Espagne, ont acheté une participation. Des 500 000 euros du lot, chacun en touchera quelques dizaines de milliers. Devant les micros des radios et télévisions locales, tous confient un bout de rêve bientôt exaucé: payer une partie du crédit de la maison, rembourser des dettes, changer de voiture, faire un voyage, aider ses parents, ses enfants, et surtout «en profiter un peu», enfin, résume un des chanceux.
L’Espagne détient le record européen de passion pour le jeu. Mais le traditionnel tirage de Noël occupe une place à part. Il tient le pays en haleine. Cette année la crise et les perspectives économiques moroses ont ajouté un peu plus d’émotion que d’habitude, hier, lorsque la télévision a diffusé en direct le tirage «chanté» par une armée d’écoliers bien sages. Selon un rituel immuable, les enfants psalmodient la litanie des numéros et des prix qui leur sont associés, au fur et à mesure que les petites boules numérotées, brassées par le hasard, tombent dans des petites coupelles.
61€78 par Espagnol
Cette année en Espagne on a vendu pour 2 787 402 880 euros de loterie, soit une moyenne de 61€78 par habitant. Crise oblige, les ventes ont légèrement baissé, de 2€79 par rapport à l’an dernier.
Mais le bonheur reste intact. Il n’y a pas un gagnant, mais des centaines, des milliers de gagnants, puisqu’on achète une petite participation à un numéro. «C’est ce qui fait toute l’émotion de la loterie de Noël, explique Chimo, qui avec son frère tient une échoppe dans le centre de Logroño. On ne joue pas tout seul mais avec des amis, des collègues, en famille… Et quand on gagne, c’est tous ensemble.» Cette année, les trois millions d’euros du 1er prix «El Gordo» (littéralement le gros) ont été répartis entre Madrid, Soria Barcelone, Alicante et Jaen. Ailleurs sont tombés des «petits prix», quelques centaines d’euros seulement parfois. Qu’importe! le bonheur est là. Depuis des semaines, on s’est envoyé des participations d’un bout à l’autre du pays.
Chaque année la loterie déchaîne ses passions. Avec ses contes de fées quand la chance s’arrête dans un bar fréquenté par des immigrés, ou dans un village frappé par une fermeture d’usine. Avec ses drames aussi quand une bande d’amis se déchire pour un prix mal redistribué. Ou quand le mauvais sort s’en mêle, comme cette année dans le cas de Mari-Carmen, arrivée en larmes au bureau de loterie: son billet gagnant est passé à la machine à laver…
Il ne reste alors qu’à espérer le verdict de l’administration centrale de loterie. Ou bien tenter une nouvelle chance, au prochain gros tirage, «El niño», le jour de l’Epiphanie