PROCHE-ORIENT

Les Libanais mettent un bémol aux révélations du « Spiegel»

Par Gaby Nasr, Beyrouth le 27.05.2009 à 00:03

Unanime, la classe politique libanaise tempère les révélations du magazine allemand mettant en cause le Hezbollah dans l’assassinat de Rafic Hariri.

Les révélations du Spiegel, selon lesquelles l’enquête internationale sur l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri s’orienterait vers une implication du Hezbollah, ont fait l’effet d’une bombe politique à Beyrouth, rapidement désamorcée toutefois par l’ensemble de la classe politique.

Rafic Hariri, premier ministre sous la tutelle syrienne devenu opposant à l’hégémonie de Damas au Liban, a été tué avec 22 autres personnes dans un attentat à Beyrouth le 14 février 2005.

Du président de la République, le chrétien Michel Sleiman, jusqu’au plus petit des partis politiques, en passant par le premier ministre, sans oublier Saad Hariri, fils cadet de la victime, tous ont pratiquement eu la même réplique: confiance absolue dans le Tribunal spécial pour le Liban (TPL) et pas de commentaire sur les «fuites» glanées par la presse.

Très, très, très dangereux

Les réactions se sont même durcies au cours des dernières quarante-huit heures. «L’article du Spiegel est très, très, très dangereux», a déclaré Hassan Nasrallah, secrétaire général du mouvement chiite libanais Hezbollah devant des milliers de partisans rassemblés dans la banlieue sud de Beyrouth, à l’occasion du 9e?anniversaire du retrait israélien du sud du Liban après vingt-deux ans d’occupation. «Il s’agit d’accusations israéliennes à l’encontre du Hezbollah, et nous allons traiter ces accusations comme telles», a-t-il prévenu, sans donner plus d’explications.

Auparavant, le chef druze Walid Joumblatt, pourtant membre de la majorité parlementaire antisyrienne et allié de Saad Hariri, n’avait pas ménagé ses mots et estimé que les révélations du Spiegel sont «un nouvel autobus de Aïn el-Remmaneh», en allusion au car bondé de Palestiniens mitraillé par les milices chrétiennes en avril 1975, incident qui fut le détonateur de la guerre civile libanaise.

Comment se fait-il qu’à moins de deux semaines d’élections législatives cruciales, les adversaires déclarés du Hezbollah n’aient pas cherché à rentabiliser l’article du Spiegel afin de diaboliser davantage le parti islamiste auprès de leurs électeurs?

Crainte de déstabilisation

La réponse, il faut la chercher dans la structure communautaire de la société libanaise. En simplifiant, celle-ci est constituée de trois grandes communautés: musulmane sunnite, musulmane chiite et chrétienne, qui en gros forment chacune un tiers de la population. Or depuis le départ des troupes syriennes en avril 2005, le Hezbollah exerce un contrôle quasi exclusif sur la communauté chiite. On comprend donc aisément que, indépendamment de la véracité de son article, Der Spiegel a jeté un véritable pavé dans la mare et refroidi les protagonistes qui redoutent plus que tout une déstabilisation du tissu social.

Aussi, la classe politique libanaise préfère s’en remettre au verdict du TPL… en espérant qu’il prendra tout son temps.

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