Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s’est platement excusé auprès du vice-président américain Joe Biden sur l’effet d’annonce inopportun d’un plan de construction à Jérusalem-Est, mais les dés du «dialogue de proximité» avec les Palestiniens sont pipés, car la colonisation va continuer.?
Netanyahou a reconnu que le Ministère de l’intérieur a choisi un «moment malheureux» pour annoncer durant la visite
de Biden la construction de 1600 logements à Ramat Shlomo, quartier juif situé au-delà de l’ancienne «ligne verte» qui séparait Israël de la Cisjordanie en juin 1967. Il a ajouté qu’un mécanisme sera mis au point pour éviter des désagréments similaires à l’occasion de futures décisions «sensibles».
Autrement dit: la politique du fait accompli va continuer à Jérusalem. Soutenu par la Ligue arabe, le président palestinien Mahmoud Abbas refuse ce jeu du chat et de la souris. Il veut établir à Jérusalem-Est la capitale de son futur Etat et exige l’annulation du projet de Ramat Shlomo pour prix de sa participation aux discussions indirectes de paix avec Israël.
Pressions américaines
Officiellement lancés lundi soir après un an d’efforts diplomatiques américains, ces pourparlers sont ainsi mort-nés. Bouillant de colère, Biden a reproché aux Israéliens de «saper la confiance». Selon ses proches, il les aurait même accusés de «risquer d’embraser tout le Proche-Orient» et de «mettre en péril les vies des soldats américains qui se battent en Irak, en Afghanistan et au Pakistan».
Toute honte bue, Netanyahou a estimé hier après un entretien avec Biden que «la crise est derrière nous», mais ce bel optimisme risque de fondre comme neige au soleil. Fort d’un large consensus intérieur, l’Etat hébreu considère l’ensemble de la Ville sainte comme sa «capitale indivisible». Quelque 50?000 logements y sont planifiés, pour la plupart dans le secteur oriental.
Suite aux pressions de Barack Obama, Netanyahou s’est résigné à l’idée d’un Etat palestinien, rompant ainsi avec
l’idéologie du Grand-Israël. Il a aussi ordonné un gel de dix mois de la construction dans les colonies en Cisjordanie. Mais, dans le même temps, il a voulu ménager l’aile radicale de son cabinet.
Partisan notoire du «donnant, donnant», Netanyahou a renforcé les suspicions des Palestiniens en exigeant d’eux qu’ils reconnaissent «le caractère juif» d’Israël. Gaffeur, il a aussi inscrit au patrimoine national deux lieux saints vénérés par le judaïsme et l’islam situés en Cisjordanie.
Ehoud Barak songe à quitter la coalition
Résultat: la presse et l’opposition israéliennes se déchaînent en parlant «d’amateurisme», de «cynisme» ou d’«aveuglement politique». Six des sept membres du cabinet de sécurité se disent «sceptiques» sur un accord avec Abbas.
Et le Parti travailliste du ministre de la Défense Ehoud Barak songe à quitter la coalition au pouvoir, faute d’avancée dans le processus de paix.