Le virus de la grippe porcine a causé 20 décès avérés au Mexique sur un total de 81 «probables», a annoncé samedi le ministre mexicain de la Santé. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la maladie a «clairement un potentiel pandémique».
Tout en soulignant qu'aucun nouveau décès n'était intervenu dans la capitale depuis 24 heures, les autorités mexicaines ont durci les mesures de prévention contre la contagion: la présidence a décrété l'isolement des malades atteints ou présentant les symptômes du virus, dans l'ensemble du pays où l'on compte déjà au moins quatre foyers.
Le décret autorise les autorités à pénétrer «dans tout local» pour lutter contre la contagion, et prévoit des contrôles sur les voyageurs, les bagages et les marchandises. Jusqu'ici, 1324 malades ont été mis ou sont encore sous surveillance médicale.
Les établissements scolaires et universitaires, fermés depuis vendredi, ne seront pas rouverts avant le 6 mai. La mesure concerne la capitale, agglomération de plus de 20 millions d'habitants, l'Etat mitoyen de Mexico et l'Etat voisin de San Luis Potosi, région du pays la plus touchée par le virus après la mégapole.
«Imprévisible» et «inédite»
Le virus a «clairement un potentiel pandémique» et l'évolution de la situation est «imprévisible», a déclaré à Genève la directrice générale de l'OMS, Margaret Chan.
Le nouveau virus s'étend et ne peut pas être contenu, ont renchéri les autorités sanitaires américaines. Quelques heures plus tard, elles annonçaient la découverte de deux nouveaux cas au Kansas.
Mexico a confirmé que tous les cas constatés dans le pays procèdent de la contagion d'homme à homme, ce qui inquiète au plus au point l'OMS.
La maladie touche «des jeunes adultes en bonne santé», et la mutation du virus est inédite, «dans des gênes jamais rencontrés auparavant» selon l'OMS. Nouveaux cas aux Etats-Unis Tout en renforçant les mesures de prévention, les autorités mexicaines ont cherché à rassurer, insistant sur la disponibilité d'un médicament antiviral efficace et disponible, préféré à la vaccination massive d'abord envisagée.
Aux Etats-Unis, les deux nouveaux cas identifiés au Kansas s'ajoutent à ceux découverts en Californie et au Texas. Des cas suspects ont été relevés à New York sur 75 étudiants présentant des symptômes - bénins - de la grippe, selon les autorités sanitaires de la ville.
A Londres, un steward de British Airways qui rentrait de Mexico est hospitalisé, avec des symptômes rappelant ceux de la grippe. A Bogota, des examens médicaux ont été pratiqués sur cinq voyageurs en provenance du Mexique et présentant des symptômes.
Foot à huis clos
Un calme rare régnait samedi à Mexico, toutes les activités publiques ayant été suspendues par les autorités. La fermeture des établissements publics de la capitale, scolaires et universitaires, musées et théâtres, risque de durer au moins une semaine, avait averti vendredi soir M. Cordova.
Vendredi soir, les bars et restaurants du centre ville ont vu leur clientèle réduite de moitié, selon nombre de professionnels. Et dimanche, les deux rencontres de première division de football professionnel prévues à Mexico seront disputées à huis clos, a décidé la Fédération nationale.
L'aéroport de la capitale reste ouvert, mais des équipes médicales y sont en place pour prendre les passagers en charge. Les églises sont ouvertes, mais l'archevêché a conseillé de regarder la messe à la télévision.
Plusieurs pays latino-américains ont décrété l'alerte sanitaire ou annoncé des mesures préventives. L'Espagne a recommandé la prudence avant de se rendre au Mexique, et la France a annoncé l'installation d'un centre de crise.
Des experts internationaux de la santé publique se réuniront mardi pour voir s'il est nécessaire de relever le niveau d'alerte pandémique de l'OMS face au virus mutant de la grippe porcine. La phase actuelle est de trois sur six degrés.
«Il nous faut davantage de preuves épidémiologiques en provenance du Mexique avant que les experts soient en mesure de recommander un changement de phase», a déclaré dimanche le porte-parole de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) Gregory Hartl.
«Un comité consultatif recommandera ou non à la directrice générale de relever le niveau d'alerte. Il se réunira à nouveau mardi», a-t-il précisé.
Le système d'alerte à la pandémie de l'OMS comprend six degrés. La phase d'alerte actuelle est de trois, ce qui correspond au premier échelon d'alerte pandémique, lorsqu'un nouveau virus affecte des humains, avec «pas ou très peu de transmission d'humains à humains».
La phase 4 correspond à une «transmission accrue d'humains à humains», la phase 5 à une «transmission importante» et la phase 6 à une «transmission soutenue».