Faut-il attendre le passage de la grippe A (H1N1) avant de tomber enceinte? En Grande-Bretagne, la principale organisation caritative pour parents a fait cette recommandation, démentie par le Département de la santé. En Suisse, Roland Zimmermann, directeur de la Clinique obstétrique de
Zurich, dit au Blick qu’il n’est «certainement pas faux» de patienter. Mais ses collègues appellent au calme.
Claire-Anne Siegrist l’admet: le monde médical est emprunté. «Nous ne connaissions pas ce virus en mai, précise la présidente de la Commission fédérale pour les vaccinations. Nous travaillons dans une certaine incertitude.» La spécialiste ne conseille toutefois pas l’attente aux couples qui désirent des enfants. «On ne décide pas vraiment du moment où l’on va avoir un bébé, les choses ne fonctionnent pas de la sorte», renchérit Begoña Martinez de Tejava, du Service obstétrique des HUG, à Genève. Sans oublier que nul ne sait si cette pandémie sera longue.
Plus vulnérables
Une chose est certaine: les femmes enceintes sont plus vulnérables face à la grippe A (H1N1). «Cette maladie peut engendrer des problèmes pulmonaires. Or, en troisième partie de grossesse, les poumons ont moins de place, précise Katyuska Francini, médecin associée en gynécologie obstétrique au CHUV, à Lausanne. Et dans les premiers mois, le risque est celui d’une fausse couche.» Une autre conséquence pourrait être un accouchement prématuré.
«Lorsque le virus circulera abondamment en Suisse, ces femmes devront compter avec des mesures de précaution supplémentaires», avertit Claire-Anne Siegrist. Comme prévoir un stock de masques et se laver fréquemment les mains. En cas de contact avec la maladie, les gynécologues peuvent prescrire une prophylaxie au Tamiflu. Et un état grippal doit être annoncé sans attendre à son médecin.
Aujourd’hui, le Tamiflu reste donc la principale solution. Par le passé, ce médicament n’était toutefois pas prescrit aux futures mères. A-t-on désormais le recul nécessaire? «Les fabricants ont effectué les tests qui leur étaient demandés, poursuit Claire-Anne Siegrist. Le problème, c’est que le marché des femmes enceintes est trop petit pour les intéresser et nous manquons d’études cliniques. Mais nos expériences montrent que le risque de complications liées à la maladie est bien supérieur à celui des effets secondaires.»
Même constat pour le vaccin, attendu pour l’automne. Le virus contenu dans la seringue sera inactivé et les risques essentiellement ceux d’une inflammation. La Commission fédérale pour les vaccinations décidera à la rentrée qui doit être immunisé en priorité. Et les futures mamans seront certainement retenues.
S’adapter à une situation évolutive
La rentrée des classes, à la fin août, est attendue avec une certaine anxiété par les autorités sanitaires. «Nous sommes dans une phase préparatoire, indique le médecin cantonal vaudois Karim Boubaker. Mais le H1N1 a évolué très différemment de la grippe aviaire (ndlr: H5N1) Nous devons donc nous adapter de jour en jour.»
Dans la situation actuelle, les services de l’enseignement sont donc rendus attentifs au fait qu’ils pourraient devoir faire face à un absentéisme important à la rentrée.
Non seulement parmi les élèves, mais aussi parmi les enseignants, vu la sensibilité des diverses classes d’âge au virus. «Mais nous ne pouvons pas faire de prévisions exactes sur la proportion de personnes malades», déclare le médecin cantonal vaudois. Et de conclure qu’il est du devoir de toutes les entreprises et collectivités de réfléchir sur leur fonctionnement avec un effectif réduit.
De leur côté, les sections genevoise et vaudoise de la Croix-Rouge ont ressorti les dispositifs mis au point pour la grippe aviaire. «Nous avons eu un contact fin avril avec le Service cantonal de la santé afin d’assurer éventuellement le tri des malades aux admissions des hôpitaux», indique le Vaudois Claude Gross.
A Genève, les contacts sont restés informels, les HUG considérant qu’ils sont suffisamment dotés pour opérer un tel tri. Les deux sections pourraient être amenées, en revanche, à renforcer leur service de garde à domicile en cas de maladie des enfants ou de leurs parents. Avec, évidemment, des mesures de protection renforcées pour leurs bénévoles.
(lau)