FRANCE

La fièvre s’empare des centres de vaccination antigrippe

Par Jean-Noël CUÉNOD Correspondant permanent à Paris le 04.12.2009 à 17:32

L’organisation planifiée par le gouvernement est critiquée, même par le président Sarkozy. Notre reportage dans un centre parisien.

«Ce matin, il n’y a pas grand monde, comme vous le constatez. Mais c’est la première fois. Nous avons vécu une période infernale où nous avons dû vacciner des foules avec un minimum de personnel. Ce n’est qu’aujourd’hui — trois semaines après le début de la campagne de vaccination — que nous disposons d’un nombre suffisant d’aides».

Paul, 28 ans, est élève infirmier et injecte quotidiennement le vaccin contre la grippe A (H1N1) dans le centre de vaccination établi au Gymnase des Patriarches, place Bernard-Halpern dans le cinquième arrondissement de Paris. Entre deux piqûres, vendredi matin, il témoigne de la fièvre qui grimpe dans l’organisation de cette campagne antigrippale dirigée par le gouvernement.

Réquisitions contestées

Ce n’est pas par choix que Paul se trouve au Gymnase des Patriarches: «J’ai été réquisitionné par la DDASS (Direction départementale de l’action sanitaire et sociale). Je ne suis donc pas bénévole et ne reçois pas un sou de l’Etat! Cette réquisition s’applique aux élèves infirmiers. En revanche, les étudiants en médecine, en kiné et les futures sages-femmes n’y sont pas soumis. Pour protester contre cette inégalité de traitement, une manif sera organisée devant le ministère de la Santé».

Pas de gants de protection!

Autre motif de mécontentement: le manque de matériel. «Vous rendez-vous compte? Nous avons dû procéder aux injections sans pouvoir enfiler des gants de protection. Il n’y en avait pas! C’est un gros risque qu’on nous a fait courir. Nous venons d’en recevoir maintenant. Mais ils ne sont pas tous de la bonne taille!»
Et Paul d’ajouter: «Durant nos études, on insiste bien sur ce point, nous devons jamais injecter une dose que nous n’avons pas préparée nous-mêmes, pour des raisons de sécurité. Or, ici, celui qui injecte n’est pas celui qui prépare».

La police pour disperser la foule

L’élève infirmier parisien n’est pas le seul à râler. Selon les échos qui ont paru dans la presse, le président Nicolas Sarkozy a piqué une belle colère en constatant les monstrueuses files d’attente devant les centres de vaccination antigrippe, dans de nombreuses villes françaises. Le site internet Marianne2 indique que la police a même dû disperser la foule qui attendait de se faire vacciner devant le Gymnase Paul-Gauguin à Paris. Lors du Conseil des ministres de mercredi, le président a donc soufflé dans les bronches des membres du gouvernement, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot subissant les critiques publiques les plus vives. Apparemment, la remontée de bretelles a produit ses premiers effets, vendredi, à Paris.

Cela dit, même si l’organisation — toujours très lente à mettre en marche dans un pays centralisé — semble s’améliorer, les craintes demeurent. Actuellement, la vaccination n’est réservée qu’à une partie de la population — patients fragiles, femmes enceintes, écoliers, lycéens, collégiens, etc. — chaque personne concernée recevant un bon de vaccination. Mais qu’en sera-t-il lorsqu’elle atteindra de plus larges cercles?

Centralisme français

Contrairement à la Suisse qui permet aux médecins privés de pratiquer la vaccination contre la grippe A, le gouvernement français veut tout centraliser en ses mains, d’où les risques d’engorgement. Les médecins de famille ne sont donc pas autorisés à vacciner, ce qui réduirait les files d’attente devant les centres. Pourquoi? «Je veux préserver la capacité des médecins généralistes à prendre en charge les malades grippés», a répondu la ministre Roselyne Bachelot sur les ondes de RMC en ajoutant que le gouvernement ne disposait pas de doses en suffisance.

Une explication qui laisse songeurs de nombreux médecins généralistes en France.

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