La cloche a sonné, le combat est lancé pour la future présidence de l’Union européenne. «Et on voit déjà ressurgir la traditionnelle opposition entre l’Angleterre et le Benelux, avec Paris et Berlin en arbitres pragmatiques», commente un fonctionnaire européen.
A la gauche du ring Tony Blair, 56?ans, ex-premier ministre travailliste du Royaume-Uni. Donné favori depuis des mois, il est soutenu par l’Allemagne, la France et bien entendu par son ancien ministre Gordon Brown. Ses partisans, principalement au nord et à l’est de l’UE, vantent son charisme et son poids international. Avec lui, l’Europe aurait une voix forte et entendue. «Merkel et Sarkozy sont un peu moins enthousiastes aujourd’hui, mais ils ont intérêt à avoir Blair comme président. Ils auraient ainsi le champ libre pour le poste de ministre des Affaires étrangères. Une fonction plus importante, si on lit bien le traité», explique un analyste bruxellois.
A droite, Jean-Claude Juncker, 55?ans, chef du gouvernement luxembourgeois depuis quatorze ans, président de l’Eurogroupe depuis 2004 et mastodonte européen incontournable. Fédéraliste patenté, il incarne l’esprit du traité de Rome et son opposition à Blair symbolise les contestations de pays stigmatisant l’absence du Royaume-Uni à la fois de la zone euro et de l’espace Schengen.
L’anti-Blair incarné
Mardi dans les colonnes du quotidien français Le Monde, Juncker sonnait l’hallali contre Blair. «Je me réfère à un modèle théorique voulant que l’Europe soit représentée par quelqu’un qui aurait comme souci principal de la servir, la rassembler, et qui ne ferait pas semblant de la représenter à l’extérieur sans avoir assuré sa cohésion interne.» L’attaque en règle du Luxembourgeois a surpris à Bruxelles. «Junker sort du bois, comme on pouvait s’y attendre. Mais il se tire une balle dans le pied car si Blair n’est pas nommé, les Anglais feront tout pour lui barrer la route», analyse un diplomate français.
Au centre, Jan Peter Balkenende, 53?ans, chrétien-démocrate au pouvoir aux Pays-Bas depuis 2002, candidat officieux crédible, et respecté au sein
des Vingt-Sept. Dans la posture et la personnalité, c’est l’anti-Blair incarné. Une troisième voie possible pour les détracteurs de Junker, dont le Français Nicolas Sarkozy, monté au créneau contre le Grand-duché dans sa bataille contre les paradis fiscaux. «Au final, il est possible que ce soit le représentant d’un pays plus neutre dans ces guéguerres qui obtienne le sésame», nous assure un diplomate européen. En l’occurrence Mary Robinson, ancienne présidente irlandaise soutenue par quelques cercles citoyens via le site Facebook? Elle s’est déclarée «indisponible».
Le premier round débutera demain et vendredi à Bruxelles. Mais comme la République tchèque n’a pas encore ratifié le Traité de Lisbonne, on apprenait en début de semaine qu’un sommet exceptionnel pour les désignations serait organisé à la mi-novembre. En attendant, chacun enfile ses gants. ?