Les proches des victimes n’ont pas pu contenir leur colère mercredi soir après la relaxe des membres du groupe de rock argentin Callejeros. Aux cris de «On va tous les tuer!», ils ont chargé contre les policiers qui assuraient la sécurité du Tribunal de Buenos Aires et des musiciens. Les affrontements se sont soldés par 17 blessés.
La Cour venait de rendre un des verdicts les plus émotionnels et les plus attendus de ces dernières années: celui du procès de l’incendie de la boîte de nuit Cromañon, au cours duquel sont mortes 193?personnes, dont une dizaine d’enfants âgés de 10?mois à 10?ans, en décembre 2004. Quelque 1400 spectateurs avaient également été blessés au cours de la tragédie.
Le gérant de la boîte de nuit, le célèbre promoteur local de rock Omar Chaban, a été tenu pour principal responsable de ce drame qui a secoué le pays comme aucun autre depuis des décennies. Il a écopé de vingt?ans de prison. Le manager du groupe a quant à lui été condamné à dix-huit?ans de réclusion, tout comme un sous-commissaire de police accusé d’avoir fermé les yeux sur les flagrantes violations des règles de sécurité en échange de quelques billets. Deux fonctionnaires municipales ont, elles, été condamnées à deux ans de prison.
L’incendie de Cromañon avait en effet été le résultat d’une suite de violations de principes basiques de sécurité, sur fond d’irresponsabilité collective, d’avidité et de corruption. Le local, prévu pour accueillir 1030?personnes était ainsi rempli ce soir-là de 4500 spectateurs. Le toit du hangar avait par ailleurs été couvert de tissu et de matériel inflammable alors que tout le monde savait que les fans de Callejeros allumaient toujours des artifices pyrotechniques lors des concerts, qu’ils se déroulent à l’extérieur ou à l’intérieur.
Mais comble d’irresponsabilité, les sorties de secours avaient été cadenassées pour empêcher les jeunes de resquiller.
Des têtes ont alors été réclamées. Jugé comme le principal responsable politique, le maire de Buenos Aires de l’époque, Anibal Ibarra, a été destitué par le parlement. Mais pour nombre de proches des victimes, les membres du groupe de rock sont eux aussi responsables du drame, en tant que coorganisateurs du fatidique concert. Et leur relaxe les a indignés au plus haut point. Le procureur de Buenos Aires a lui aussi rejeté le verdict, annonçant immédiatement qu’il ferait appel.