C’est avec 52% des voix que Pier Luigi Bersani a été élu dimanche secrétaire du Parti démocrate (PD), au terme d’élections primaires auxquelles plus de 3 millions de sympathisants de la gauche ont participé.
Une forte mobilisation qui est déjà une bonne surprise pour la hiérarchie du PD. En effet, alors que le parti collectionne les défaites dans les élections partielles, semble incapable de proposer une réponse au berlusconisme et est lui-même éclaboussé par des scandales sexuels, ses dirigeants redoutaient une désaffection populaire. La barre d’une participation «honorable» avait donc été prudemment fixée à 2 millions. Trois millions de votes démontrent que la gauche peut encore se mobiliser.
Economiste respecté
Licencié de philosophie, 57?ans, marié et père de deux grandes filles, Pier Luigi Bersani n’est pas un inconnu. Originaire d’Emilie-Romagne – le bastion du communisme transalpin – il a fait carrière dans le PCI. Président de région, député européen, plusieurs fois ministre de Romano Prodi, c’est un économiste respecté à gauche comme à droite. Mais il a toujours été vu, au sein de sa propre formation, comme un numéro deux. Non pas parce qu’il n’avait pas d’ambition personnelle, mais parce qu’il semblait ne pas «faire le poids».
En 2001 et 2005, il est contraint de s’effacer respectivement devant Piero Fassino et Walter Veltroni dans la course à la direction du parti. Cette fois-ci pourtant, Pier Luigi Bersani n’a pas suivi les conseils de prudence que de nombreux cadres de sa propre formation continuaient à lui prodiguer. Bien lui en prit.
Solide, sérieux, pédagogue, capable d’expliquer simplement l’économie, gardant calme et sang-froid dans les débats télévisés, où il ne cède jamais à l’insulte, jaloux de sa vie privée, il n’est pas un meneur de foule au charisme flamboyant. Mais face au bling-bling baroque du Cavaliere, son austérité pourrait se transformer en atout. «Je ne veux pas me limiter à faire de l’opposition, je veux construire une alternative.» Laconique, cette déclaration du néosecrétaire du PD indique pourtant deux changements stratégiques dans la ligne du principal parti italien de gauche.
L’antiberlusconisme ne sera plus au centre de son discours. Il est plus urgent de construire que de chercher à détruire. Et renonçant à sa «vocation majoritaire», le PD va s’ouvrir à de nouvelles alliances. Il faut donc s’attendre à une transformation de toute l’opposition.
Certains, comme Francesco Rutelli, qui refuse de voir le parti dirigé par un «ex-communiste», émigreront vers une nouvelle formation du centre. Antonio Di Pietro, allié encombrant, sera prié de rentrer dans les rangs. Et une main sera tendue vers les forces qui, comme les Verts, ne sont pas représentées au parlement. C’est un nouveau chantier qui commence.
Déshonoré par un scandale sexuel
«J’ai eu tort et je paie pour mes faiblesses privées. Je suis déshonoré.» Les «faiblesses» de Piero Marrazzo, président de la région Lazio, élu sous les couleurs du Parti démocrate, ont des noms exotiques: Brenda, Natalia, Michelle. Ce sont des transsexuelles sud-américaines que cet ancien journaliste vedette de la Rai, marié et père de deux filles, fréquentait comme client. En juillet, deux carabiniers le surprennent en petite tenue dans le studio d’une transsexuelle brésilienne. Les policiers font une vidéo avec un téléphone portable. La scène est explicite et l’objectif s’attarde sur de la cocaïne qui traîne sur la table de chevet…
Le piège vient de se refermer sur Piero Marrazzo, car les carabiniers sont des maîtres chanteurs. Ils tentent de négocier le film à travers une agence de presse. Mais les images sont trop crues. Presse écrite et télévisions les refusent.
Silvio Berlusconi lui-même appelle Marrazzo, pourtant son ennemi politique, pour lui dire qu’aucun média de son groupe n’utilisera les images. Un formidable coup politique pour le Cavaliere, dont la presse n’a pas ménagé la vie privée et qui, en faisant preuve de magnanimité, retourne l’opinion publique en sa faveur.
Marrazzo espérait encore racheter le film et clore l’affaire. Mais les flics «ripoux», qui n’en étaient pas à leur premier chantage, sont arrêtés.
Le président de la région est convoqué par la magistrature. Le scandale éclate.Quitté par sa femme, abandonné par son parti, mis au pilori par la presse, Piero Marrazzo est aujourd’hui un homme seul.