Deux blocs, le Nord et le Sud, s’opposent autour des faux médicaments. Tous veulent lutter contre ces produits contrefaits qui fauchent 200?000 personnes chaque année, principalement en Afrique. Mais, comme souvent en politique, on bute sur les moyens d’y parvenir. C’est à travers ceux-ci que se manifeste la realpolitik.
Pour les pays du G8 et les groupes pharmaceutiques, sans oublier la Suisse, le combat passe par davantage de sanctions en matière de propriété intellectuelle. Le brevet au secours de vies humaines: l’équation peut paraître séduisante. Il semble toutefois que l’amalgame de deux problématiques bien distinctes, la propriété intellectuelle et les faux, ne soit pas si charitable.
A juste titre, les pays en voie de développement s’en méfient. Ils suspectent une pernicieuse tentative du Nord de contenir le commerce des médicaments dits génériques au profit de sa propre industrie pharmaceutique. Or, moins onéreux mais homologués, ces produits constituent également un moyen de prévenir des décès. Et sans doute bien davantage que n’en provoque le marché mafieux des faux.
De leur côté, les pays du Sud tendent à nier leur participation à la production et à la diffusion des contrefaçons. Telle l’Inde, qui inonde l’Europe, dont la Suisse, d’amincissants et érectogènes dosés de manière farfelue.
Dans cette guerre des tranchées, chacun campe sur ses positions. Naturellement, ce sont les populations les plus démunies, en Afrique, en Asie ou en Amérique du Sud, qui en pâtissent. Les morts du paludisme, de la malaria ou du sida, autant de maladies contre lesquelles des traitements efficaces existent, s’y comptent par millions. Et il n’y a aucune raison que cette situation change dans un avenir proche.