PARADOXE

Pas si écolo, le sommet de Copenhague?

Par YANNICK VAN DER SCHUEREN le 10.12.2009 à 00:00

Sauver la planète? Oui, mais pas question de sacrifier limousines et jets privés sur l’autel de la grand-messe climatique.

Le sommet de Copenhague: 100% écolo? Pas vraiment à en croire les chiffres révélés par le Daily Telegraph. Mille deux cents limousines réquisitionnées, 140 jets privés, du caviar à la louche et un bilan carbone de 41?000 tonnes de C02.

La plus grande société de location de limousines de Copenhague dispose d’un parc de douze véhicules. Mais pour répondre aux besoins du sommet, elle en a fait venir 200 d’Allemagne et de Suède, explique Majken Jorgensen, la directrice de l’entreprise, au quotidien britannique. Au total, plus de 1200 limousines – dont cinq seulement sont électriques ou à moteur hybride – sillonnent les rues de la capitale danoise depuis le début de la semaine, selon Mme Jorgensen.

Aéroport saturé

Du côté des airs, l’aéroport de Copenhague attend quelque 140 jets privés supplémentaires. Bien au-delà de sa capacité. Ces avions sont donc priés d’aller stationner dans les aéroports régionaux – ou en Suède – en attendant de revenir chercher leurs passagers VIP.

C’est qu’en plus de la présence des 15?000 participants accrédités, des 5 000 journalistes et de la centaine de chefs d’Etat attendus la semaine prochaine, Copenhague doit compter avec un certain nombre de «people», comme Leonardo DiCaprio, l’archevêque Desmond Tutu ou encore le prince Charles, précise le Daily Telegraph.

Ainsi les hôtels haut de gamme – à plus de 1000?francs la nuit – affichent complet. Au menu spécial «Convention sur le climat» proposé par ces établissements, pas de plats végétariens ni de pommes de terre biologiques, mais des coquilles Saint-Jacques, du foie gras et du caviar à volonté.

Prostituées gratuites

Et pour l’occasion, même les prostituées locales ont décidé d’apporter leur contribution. Scandalisées par une carte postale de la mairie invitant les participants à la conférence à renoncer au sexe tarifé, elles ont annoncé que tout délégué présentant son badge d’accréditation se verrait offrir une passe! Voilà au moins un geste qui ne devrait pas alourdir le bilan carbone de ce sommet. Selon les organisateurs, ces douze jours – y compris le trajet des participants – produiront 41?000 tonnes de C0 2 , soit l’équivalent de ce qu’émet la ville de Lausanne en vingt?jours ou le canton de Genève en six. Bonne nouvelle en revanche, le Danemark s’est engagé à compenser ces émis sions de C0 2 exceptionnelles par des investissements au Bangladesh.


Entre négociateurs, ça chauffe déjà!

Le premier jour, le sommet a pris ses marques; le deuxième, il a connu son premier éclat avec le coup de sang du groupe des 77. Les pays en développement ont été courroucés par la parution d’un projet d’accord danois qui ne tient pas compte de leurs exigences et exonère les pays riches de leurs responsabilités en ne mentionnant pas le Protocole de Kyoto. Et sur ce thème, les pays insulaires du Pacifique sont également passés hier à l’attaque.

Au troisième jour de la Conférence de Copenhague, c’est donc aussi l’heure d’un premier bilan. Côté suisse, par la voix du chef adjoint de la délégation, José Romero, on ne veut surtout pas dramatiser.

«Dans la mer des négociations, c’est une vaguelette. Ce projet danois, il est dans nos valises depuis longtemps. Il y en aura d’autres. Tout cela fait partie de la dramaturgie d’un sommet. Nous avons tous le même but, conclure un accord. N’oublions pas l’approche pyramidale. Il y a les délégués, puis les ministres qui entreront en jeu. Mais c’est ensuite aux chefs d’Etat de sceller un accord.»

Long chemin

Au cœur des négociations, Xavier Tschumi, 47?ans, collaborateur scientifique de la délégation suisse, pense également que le chemin sera long. «On a un chantier monstrueux et le fossé est toujours aussi profond. La pression pour aboutir à un accord est là. C’est vrai, il y a beaucoup d’attente de la part des Danois. Mais il ne faut pas un texte au rabais. Il faut trouver le juste équilibre.»

Que va-t-il se passer ces prochains jours? Toujours selon Xavier Tschumi, «on n’en sait rien. Les positions sont marquées, mais c’est de bonne guerre. Les discussions sont à la fois scientifiques et politiques. Notre but, c’est de sortir tout ce qui a une substance politique. On n’arrivera peut-être pas à un accord finalisé jusqu’au bout. On aura les lignes directrices pour un mandat politique.»

Et c’est justement avec l’arrivée des chefs d’Etat que tout devrait se jouer. «On va être content de confier le bébé. Jusqu’à la fin du sommet, il y aura plusieurs nuits blanches de discussions.»
Philippe Dumartheray,Copenhague

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