«Plus d’une centaine de personnes sont déjà décédées depuis janvier. Et cela dans l’indifférence internationale la plus totale. Le bilan est peut-être même plus lourd, car les violences n’ont pas cessé. Tous les jours on tire sur des femmes et des enfants. Arrestations arbitraires, perquisitions brutales et viols se multiplient contre les partisans du président renversé. Des centaines de bâtiments ont été incendiés, tant de gens ont été pris au piège par les flammes… Il est temps d’agir. Nous allons déposer une plainte devant la Cour pénale internationale.»
Me Hanitriniaina Razafimanantsoa en a assez d’attendre que le village planétaire s’émeuve enfin du drame vécu sur son île. L’avocate malgache représente un collectif de 70?confrères très remontés contre la Haute Autorité de transition (HAT) d’Andry Rajoelina, l’ancien maire de la capitale qui a évincé le président élu Marc Ravalomanana. Partie il y a trois jours d’Antananarivo, elle a donné une conférence de presse à Genève hier, jour de la fête nationale malgache.
Plainte devant la Cour pénale internationale
A ses côtés, l’avocat genevois Me?Charles Poncet enchaîne: «Pour notre part, nous représentons un tour de table d’investisseurs suisses qui protestent contre les attaques menées sur Tiko, le groupe agroalimentaire de Marc Ravalomanana. Nous allons adresser cet été une demande d’indemnisation au Cirdi, le Centre international de règlement des disputes en matière d’investissements. Parallèlement, nous voulons essayer d’intéresser Luis Moreno Ocampo, le procureur général de la Cour pénale internationale, aux violations des droits de l’homme commises à Madagascar.»
Soit. Mais au fond, qu’est-ce que cela changera sur le terrain? La bataille n’est-elle pas perdue d’avance? Après tout, Andry Rajoelina dispose du soutien du haut commandement militaire, suite à une mutinerie dans l’armée malgache. Sans doute. «Mais la population est de plus en plus désespérée, affirme Me Razafimanantsoa. Le budget de l’Etat dépend en grande partie de l’aide internationale, qui a été suspendue depuis que la Haute Autorité de transition a pris les rênes du pays. La production et la distribution des produits de première nécessité sont gravement déficientes depuis que les putschistes s’en sont pris aux principaux groupes agroalimentaires nationaux. Des milliers d’emplois sont perdus.»
Moins d’un dollar par jour
Madagascar n’avait vraiment pas besoin de ça. Selon les estimations de l’ONU, 70% des 20 millions de Malgaches vivent avec moins d’un dollar par jour.?