La première tâche de Viktor Ianoukovitch sera… de devenir président, selon le politologue ukrainien Volodymyr Fessenko. Sa rivale, Ioulia Timochenko, n’a toujours pas reconnu sa défaite et dénonce des «fraudes massives». Passé cet obstacle, les défis qui attendent le nouveau président ukrainien sont nombreux.
Former une majorité parlementaire
Pour réellement prendre le pouvoir, Ianoukovitch devra réussir à former une nouvelle coalition parlementaire en cooptant des alliés de sa rivale Ioulia Timochenko et du président sortant Viktor Iouchtchenko. Il pourrait donc être forcé de trouver un compromis avec la perdante, avec qui il devrait partager le pouvoir en lui laissant, par exemple, son poste de premier ministre. Si les pourparlers n’aboutissent pas, il n’aura d’autre choix que de déclencher des élections parlementaires anticipées, dans l’espoir que son Parti des régions rassemble une majorité.
Relations avec la Russie
Viktor Ianoukovitch devra renouer les relations de son pays avec Moscou, très tendues sous son prédécesseur pro-occidental Viktor Iouchtchenko. «Il ne sera pas pour autant prorusse», nuance Volodymyr Fessenko, à propos de celui qui était perçu comme le «candidat du Kremlin» en 2004. «Les grands hommes d’affaires proches de son Parti des régions ne veulent pas devenir les marionnettes du Kremlin. Ils ont des intérêts en Russie, mais aussi en Europe.»
Rapports avec l’Occident
Pas question pour Ianoukovitch de tourner le dos à l’Occident. Il a déjà fait savoir qu’il souhaitait à terme une intégration politique et économique à l’Union européenne. Mais contrairement à son prédécesseur, il est contre une adhésion de son pays à l’OTAN.
Economie mal en point
Ravagée par la crise économique, l’Ukraine, qui a vu son PIB reculer de près de 15% l’an dernier, compte sur le financement occidental pour se remettre à flot. En raison de l’instabilité politique, le Fonds monétaire international a gelé ses prêts l’automne dernier. Ianoukovitch devra convaincre l’organisation de la fiabilité de son pays et redonner de l’aplomb à la monnaie nationale.
Conflit gazier
Ianoukovitch devra régler pour de bon la question gazière, à l’origine de plusieurs conflits avec la Russie et de la perte de confiance de l’Europe envers l’Ukraine. En janvier 2009, accusant Kiev de retard de paiements, Moscou avait fermé les robinets pour une énième fois. Plus de 80% du gaz russe destiné à l’UE transitant par le territoire ukrainien, une bonne partie de l’Europe s’était retrouvée sans chauffage. Viktor Ianoukovitch a fait part de son intention de renégocier le prix «injuste» payé par Kiev pour ses livraisons russes.
L’influence des oligarques
Les oligarques ont financé sa campagne électorale à coups de millions de dollars. Il a promis d’être un président du peuple, mais pourra difficilement se
détacher de leur influence.
Paradoxalement, les oligarques chercheront à limiter son pouvoir, relève M. Fessenko. «Ianoukovitch est important pour eux en tant qu’instrument pour influencer les politiques et pour défendre leurs intérêts, mais ils ne veulent pas un retour à l’époque Leonid Koutchma, quand les oligarques dépendaient totalement de la volonté du président.»?