Ils se présentent comme des bons samaritains qui voulaient aider des petits orphelins. Pour les autorités haïtiennes en revanche, les dix Américains, membres de deux Eglises baptistes de l’Idaho, arrêtés vendredi soir avec 33 enfants haïtiens à la frontière avec la République dominicaine, sont des «voleurs».
Les cinq hommes et cinq femmes détenus à Port-au-Prince sont suspectés de trafic d’enfants, un fléau qui inquiète le gouvernement haïtien et le Département d’Etat américain, près de trois semaines après le tremblement de terre qui a ravagé le petit pays des Caraïbes le 12 janvier dernier.
En Haïti, les enfants constituent 45% de la population et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef) met en garde depuis plusieurs jours contre leur vulnérabilité. Il concentre ses efforts sur la réunion des enfants avec leurs familles. Ce week-end, l’Espagne a annoncé qu’elle mettait à disposition du gouvernement haïtien un test ADN pour l’aider à localiser les familles des enfants retrouvés seuls.
Le gouvernement haïtien a récemment stoppé toutes les évacuations d’orphelins vers l’étranger. Il attend de pouvoir vérifier que les enfants quittant le pays font l’objet d’une demande d’adoption officielle.
Contre le trafic d’enfants
Les Etats-Unis ont identifié environ 1000 enfants dans ce cas. Plusieurs d’entre eux ont pu rejoindre leurs parents adoptifs aux Etats-Unis dans les jours qui ont suivi le séisme. Mais de nombreux autres sont toujours à Port-au-Prince dans l’attente d’un feu vert du premier ministre haïtien, Max Bellerive, le seul ayant le pouvoir d’autoriser le départ des orphelins vers l’étranger.
Peu après le tremblement de terre, la frontière entre Haïti et la République dominicaine, à Malpasse, pouvait être facilement franchie pour les convois étrangers. Les contrôles ont néanmoins été renforcés pour lutter contre le trafic d’enfants.
Interpellés lors de l’un de ces contrôles, les dix Américains, âgés de 18?ans à 56?ans, ont affirmé qu’ils transportaient 33 enfants vers Cabarete, une station balnéaire dominicaine, pour les loger en attendant la construction d’un orphelinat. Ils appartiennent au Refuge pour une nouvelle vie des enfants, une organisation qui se présente comme une association caritative chrétienne.
«Vu la situation chaotique dans laquelle le gouvernement (haïtien) se trouve, nous voulions simplement faire ce qui nous paraissait juste», a dit à l’Agence AP Laura Silsby, la responsable du groupe qui doit comparaître aujourd’hui devant un juge à Port-au-Prince. «Nous n’avons strictement rien à voir avec (le trafic d’enfants). C’est exactement ce contre quoi nous essayons de lutter.»
Le groupe affirme que seuls les enfants qui n’avaient plus de famille devaient être adoptés. Sur son site Internet, il disait vouloir sauver 100 orphelins et justifiait sa volonté d’agir rapidement, car «Dieu nous dicte d’y aller maintenant plutôt que d’attendre».