Dans les locaux de l’Assemblée nationale, les avocats des accusés de «terrorisme» ferroviaire dénoncent «un florilège de manipulations».
Rappelons que l’an passé, la ministre de l’Intérieur (aujourd’hui à la Justice), Michèle Alliot-Marie, avait organisé un grand battage médiatique pour annoncer l’arrestation dans le village de Tarnac, en Haute-Corrèze, de neuf jeunes gens suspectés d’avoir endommagé des lignes de TGV pour le compte d’une «ultragauche» aux contours idéologiques flous. Tous sont aujourd’hui en liberté provisoire mais sous strict contrôle judiciaire, à l’instar des deux principaux «suspects», Julien Coupat et sa femme Yildune Lévy.
"Falsification, voire fabrication de preuves"?
Les avocats de ces jeunes accusés de «terrorisme» constatent aujourd’hui que l’instruction n’a pas pu établir la moindre infraction. Pire, ils dénoncent «un florilège de manipulations» ourdies par la police pour donner de la consistance à un dossier vide. Me?William Bourdon enfonce le clou: «On est au-delà de la déloyauté, on est dans des présomptions très sérieuses de la falsification, sinon de la fabrication de preuves.»
Les défenseurs font allusion à un témoignage accusant le groupe de Tarnac. Ce voisin reproche aujourd’hui aux enquêteurs de l’avoir gravement manipulé et il dédouane les «suspects». De plus, le premier procès-verbal de ce témoin aurait été antidaté afin qu’il puisse correspondre avec l’autorisation officielle de l’interroger.
Et ce n’est pas tout. Les policiers suivaient le couple Coupat-Lévy depuis sept mois. Ils auraient aperçu les deux jeunes gens près d’une voie ferrée sabotée dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008 sans voir ce que leurs «cibles» faisaient. Or, sur la base d’un rapport de gendarmerie, les avocats doutent fort que les policiers et le couple se trouvaient à cet endroit précis durant cette nuit-là! En effet, les empreintes de pneus relevées sur les lieux – boueux – ne correspondent pas aux véhicules des agents et du couple.
La police braque un enfant de 4?ans!
Enfin, les avocats et les députés de gauche dénoncent l’interpellation, mardi, de l’épicier de Tarnac, mari de l’une des accusées: «Il s’agit une fois de plus de faire croire que l’instruction n’est pas terminée, la veille où l’on dénonce les errements de l’enquête.» Symbole du désarroi qui semble régner chez les enquêteurs: au moment où les policiers débarquaient avec violence chez l’épicier, ils ont braqué un garçonnet de 4?ans qui criait de peur!