Alors qu’un laboratoire canadien a réussi le séquençage génétique du virus A (H1N1) dans le but de produire un vaccin, le bilan de la grippe est monté hier à 44 morts au Mexique. La vie «normale» a cependant repris son cours dans la capitale du pays. Lycées, université, cinémas et discothèques de Mexico ont en effet rouvert leurs portes, fermées pendant plus d’une semaine. Mais la discrimination contre les Mexicains se relâchera-t-elle pour autant? Pas sûr. Plusieurs témoignages illustrent en effet comment ils sont désignés, dans le reste du monde, comme boucs émissaires.
En quarantaine en Chine. Le cas le plus médiatisé est celui des 70 Mexicains placés en quarantaine par les autorités chinoises. «Ils m’ont fait descendre de l’avion uniquement en raison de mon passeport. Ils n’ont même pas pris ma température», a témoigné Myrna Berlanga, finalement rapatriée dans un appareil spécialement affrété par son gouvernement.
Licenciés à New York. Des associations ont dénoncé plusieurs cas graves de discrimination à New York. Un groupe d’ouvriers mexicains du Queens aurait ainsi été licencié – sans indemnisation – «jusqu’à la fin de la grippe». Des travailleurs résidant pourtant sur le sol des Etats-Unis depuis plus de quinze?ans.
Le patron d’une entreprise de construction aurait, lui, précisé qu’il «ne veut pas embaucher de Mexicains» par peur du virus. Des attitudes entretenues par plusieurs radios qui accusent les «immigrants illégaux» d’être «les agents de la contagion».
Betsy Perry, assistante du maire de New York, a dû démissionner de ses fonctions auprès de Michael Bloomberg après la publication de sa dernière chronique dans un journal en ligne. Elle y affirmait que la grippe était enfin la «bonne excuse pour fermer la frontière avec le Mexique».
Viré d’un taxi argentin. Les «frères latino-américains» ne sont pas toujours plus tendres avec les Mexicains. A Buenos Aires, un diplomate s’est vu ordonné de descendre d’un taxi dès que le chauffeur a reconnu son accent. Certains de ses compatriotes se sont, eux, vus refuser de changer de l’argent ou d’acheter des cigarettes.
Raillés au Chili. Les membres de l’équipe de football de Chivas ont été victimes d’incessantes moqueries dans les rues de la ville chilienne de Viñas del Mar. «Les gens se retournaient et se couvraient le visage à notre passage. Ils disaient: «Voici les Mexicains, ils vont nous contaminer!» raconte Gonzalo Pineda. Lors du match qu’ils étaient venus jouer, un de ses coéquipiers n’a visiblement plus supporté les railleries. Hector Reynoso a délibérément toussé au visage d’un adversaire, lui a projeté sa production nasale et a crié: «Tiens! La voilà, la grippe!»