Voici une semaine que l’alerte mondiale sur un risque de pandémie d’une grippe nouvelle a été lancée. Le nombre de morts est moins élevé que ce qu’on a pu craindre dans un premier temps, mais le danger est toujours présent, expliquent les spécialistes. Le point avec le professeur Didier Pittet, chef du Service prévention et contrôle de l’infection aux Hôpitaux universitaires de Genève.
Après une semaine d’observation de la grippe A (H1N1), que sait-on sur la dangerosité du virus?
La dangerosité d’un virus se mesure sur deux critères principaux: le nombre de cas mortels par rapport au nombre de malades et la capacité du virus à se transmettre. S’il semble être moins mortel que nous ne l’avons craint dans un premier temps, il a tout de même tué. Et notamment des personnes jeunes et en bonne santé. Ce qui est toujours inquiétant. On a aussi observé un certain nombre de transmissions en chaîne, qui se poursuivent d’ailleurs. Mais en tenant compte de la configuration de Mexico City, et notamment de sa très grande densité de population, qui en fait une situation très favorable à la transmission d’une grippe, le «taux d’attaque» ne paraît, pour l’instant, pas extrêmement élevé. Reste qu’il est très difficile de savoir si le virus ne va pas muter dans quelques semaines ou dans quelques mois et devenir plus dangereux.
Les médicaments semblent efficaces?
Pour l’heure, le A (H1N1) est sensible au Tamiflu. Mais les virus de la grande famille de la grippe, appelés influenzas, mutent très souvent et peuvent devenir résistants aux médicaments. Pour exemple, les laboratoires du nord de l’Europe ont observé que le taux de résistance au Tamiflu des virus qui composaient la grippe saisonnière 2008 avoisinait les 50%. C’est pourquoi le corps médical tente toujours de combattre la grippe en ne donnant des antiviraux qu’en dernier recours. Mais il est évident qu’une fois les gens réellement malades, nous leur prescrivons des médicaments pour les soigner.
L’OMS n’a-t-elle pas alerté d’une possible pandémie un peu vite?
Il faut comprendre que nous nous trouvons face à un nouveau virus. Partant de ce point, on ne connaît pas, au début, sa dangerosité réelle. Il faut aussi se souvenir que lorsque les autorités mexicaines ont sonné l’alarme, on parlait de 1500 à 1700 malades et de 150 à 160 décès suspects. Soit un taux de mortalité «suspect» de 10%, ce qui est très élevé et similaire à celui de la tristement célèbre grippe espagnole de 1918. Une grippe saisonnière, elle, ne tue qu’entre 0,5% et 1% de malades, et généralement des personnes âgées.? Lorsque l’on est face à un risque de pandémie, on doit se poser trois questions essentielles: s’agit-il d’un nouveau virus? Affecte-t-il l’homme? Se transmet-il d’homme à homme? Or, dans les trois, la réponse est oui. L’OMS est donc passée en phase d’alerte 4. Ensuite, il s’est trouvé qu’il s’agissait d’une époque de vacances universitaires aux Etats-Unis. Et un certain nombre de personnes se sont rendues au Mexique. Certains sont revenus malades et des cas secondaires ont été observés. Ensuite, d’autres voyageurs malades ont propagé le virus en Europe et en Chine. L’OMS a donc déclaré la phase 5. Il faut aussi comprendre que le plus important dans un cas de nouveau virus est de bloquer la maladie là où elle se trouve, afin d’éviter la pandémie.
Un cas de transmission entre l’homme et le porc a été observé ce week-end au Canada. Est-ce surprenant? Est-ce inquiétant?
Je ne pense pas, pour l’instant, que ce soit inquiétant. Et non, ce n’est pas particulièrement étonnant. Le porc est un animal très proche de l’homme. Certains centres médicaux spécialisés pratiquent même la xénotransplantation, soit des greffes d’organes de porc chez des humains, des reins et des foies notamment.
«Pas question de lever l’alerte en Suisse»
VIGILANCE : Deux feuilles de route sur les bons comportements à avoir ont été publiées hier par l’Office fédéral de la santé publique, alors que le premier cas suisse de grippe A (H1N1) est sorti de l’hôpital.
27 CAS SUSPECTS EN COURS D’EXAMENS : En tout, 52 cas suspects de grippe A/H1N1 ont été annoncés en Suisse jusqu’à hier. Parmi eux, 24 ont été exclus et 27 sont encore en examen, a indiqué hier Thomas Zeltner, le directeur de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). «Même si la situation est stable dans le pays, avec toujours un seul cas confirmé, on ne peut pas lever l’alerte», note Thomas Zeltner.
RECOMMANDATIONS : L’Office fédéral de la santé publique a publié hier deux feuilles de route qui indiquent les règles essentielles d’hygiène et les bons comportements à avoir pour les personnes ayant été en contact avec un cas suspect. Il s'agit notamment de bien se laver les mains, d’utiliser des mouchoirs en papier jetables et de se maintenir à au moins un mètre d’une personne potentiellement malade. On peut télécharger les recommandations sur www.bag.admin.ch et www.pandemia.ch.
PREMIER CAS SUISSE SORTI DE L’HÔPITAL : Kerry F., le jeune Argovien atteint du virus de la grippe A/H1N1 a pu quitter hier matin l’Hôpital cantonal à Baden (AG). Le jeune homme n’est définitivement plus contagieux, a indiqué le personnel médical.
FIN DE QUARANTAINE POUR L’EXÉCUTIF D’AARAU : Dans le canton d’Argovie, 31 personnes qui ont toutes été en contact avec le malade sont traitées de manière préventive au Tamiflu. Elles resteront en quarantaine jusqu’à mercredi. Toutefois, la quarantaine est terminée pour les membres de l’exécutif de la ville d’Aarau. Un de ses membres, Michael Ganz, était certes dans le même avion que le jeune homme affecté, rentré samedi passé du Mexique. Il présentait des symptômes de la grippe, mais les tests se sont révélés négatifs au virus H1N1.