Le magnat des médias, 75 ans, accusé d’avoir miné la crédibilité de son pays après avoir profondément marqué la vie politique pendant près de 20 ans, doit remettre ce soir son mandat au président Giorgio Napolitano, qui, sauf surprise, devrait nommer à sa place l’ex-commissaire européen Mario Monti.
M. Berlusconi a été accueilli aux cris de "bouffon! bouffon" et "primavera, primavera" (printemps, printemps), en allusion probable aux printemps arabes qui ont renversé les régimes dictatoriaux d’Afrique du Nord.
Le Cavaliere s’est dit "profondément amer" face aux manifestations d’hostilité à son égard, selon l’agence italienne Ansa.
Des milliers de manifestants se sont répandus devant divers symboles du pouvoir à Rome aux cris de "Démission, démission". Brandissant des drapeaux italiens tricolores -vert, blanc, rouge- , certains arboraient des pancartes "Bye-bye Silvio!" ou, simplement "Disparais!" et "Enfin!".
"Aujourd’hui, nous sommes ici parce que nous sommes très, très heureux que Berlusconi, finalement, rentre chez lui! Qu’il retourne à la maison!", déclarait une manifestante au milieu d’un concert de sifflets. "Ciao, et surtout, ne reviens pas!", lançait un autre.
Devant le Quirinal, un orchestre baroque et un choeur ont improvisé un mini-concert et interprété l’"Alleluia" de Haendel.
Aux abords du Palais Grazioli, résidence privée du Cavaliere, se sont retrouvés au contraire des partisans de M. Berlusconi. Il "est unique, inoubliable. Il n’y a personne à la hauteur", déclarait Massimo della Seta, un ouvrier de 25 ans.
"On se sent orphelins", déplorait Maria Teresa Borghelli, 54 ans.
Les députés ont adopté dans l’après-midi les mesures réclamées par l’Union européenne et destinées à rassurer les marchés, alors que l’Italie est au bord de l’asphyxie.
"Aujourd’hui le rideau tombe sur une page longue et douloureuse de notre histoire", a déclaré Dario Franceschini, député du Parti démocrate, le principal parti d’opposition.
De son côté, Fabrizio Cicchitto, du Peuple de la Liberté (PDL), le parti de M. Berlusconi, a affirmé que ce dernier a accepté de démissionner "alors qu’il n’était pas obligé de le faire".
"Il a démontré une conscience nationale, nous l’en remercions et lui exprimons notre solidarité pour les attaques dont il a fait l’objet", a-t-il ajouté sous les huées de nombreux députés.
Menacée d’une asphyxie qui entraînerait dans l’abîme l’ensemble de la zone euro, l’Italie a commencé à rassurer les investisseurs en adoptant les mesures anti-crise promises à l’UE.
Celles-ci portent notamment sur des cessions d’actifs publics, les retraites, les libéralisations, la simplification des procédures administratives ou les incitations à l’embauche.
Tout se joue pour quelques heures encore au Quirinal, siège de la présidence, où M. Napolitano a appelé les forces politiques à "agir avec responsabilité". "La grave crise financière et économique, interne et internationale représente un défi pour la cohésion sociale de notre pays", a-t-il déclaré dans la matinée.
Car il doit faire face à une partie de l’actuelle majorité qui renâcle à soutenir un gouvernement de transition ouvert à l’opposition et réclame des élections anticipées.
"Pour tout l’or du monde, je ne ferai jamais partie d’un exécutif avec des représentants de gauche", s’est énervé le ministre de la Défense, Ignazio La Russa, ex-néo-fasciste.
Le parti populiste de la Ligue du Nord a déjà fait savoir lui aussi qu’il passerait aussitôt à l’opposition, clamant "Non à la trahison du vote populaire" dans son journal La Padania.
Et Silvio Berlusconi, qui a pourtant soutenu M. Monti et l’a reçu pendant deux heures à déjeuner, n’a pas pour autant perdu la volonté de se battre: "Nous sommes en mesure de débrancher la prise quand nous voulons", a-t-il dit.