Le grand débat sur l’identité nationale a commencé, lundi, en France. Du moins théoriquement. Car dans les faits, c’est une autre histoire, comme nous avons pu le constater à Bobigny, au siège de la préfecture du département de la Seine-Saint-Denis, près de Paris!
Rappelons qu’Eric Besson — «ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire» (ouf!) — a lancé un vaste débat pour connaître l’opinion générale sur cette question: que signifie être Français aujourd’hui? Dans cette optique, les préfectures et les sous-préfectures ont été mobilisées pour organiser des rencontres publiques sur l’identité nationale. Elles se termineront le 4 février prochain par une synthèse que bouclera le ministre.
Bobigny attend les ordres
Alors, ce grand débat qui a débuté lundi, comment s’organisera-t-il dans un contexte aussi sensible que celui de la Seine-Saint-Denis avec ses quartiers où s’entassent des familles françaises qui sont souvent originaires du Maghreb ou de l’Afrique? A l’accueil de la préfecture à Bobigny, une fonctionnaire à l’aimable sourire me regarde avec des grands yeux verts: «Oui, j’ai entendu ça à la radio. Mais mes deux collègues et moi revenons de vacances. Et pour l’instant, nous n’avons reçu aucune instruction. Je vais appeler notre chef de la communication.»
Et que dit-il? «Une de vos consœurs de l’AFP m’a posé la même question que vous. Et je sors à l’instant du bureau de Monsieur le préfet. A l’heure où je vous parle (soit lundi entre 15 h. 30 et 16 h.) nous n’avons reçu aucune circulaire, aucune directive pour savoir comment organiser concrètement cette grande consultation qui doit toucher tout le monde. Nous avons téléphoné à d’autres préfectures qui se trouvent dans le même cas que nous».
60% d’approbation
Au ministère d’Eric Besson, on explique que tout sera fait ces prochains jours. Cela dit, le fait que rien, ou presque, ne soit en place au moment du coup d’envoi offre un singulier contraste avec l’impressionnant battage publicitaire organisé par le ministère depuis plusieurs semaines. Apparemment, les médias ont été plus rapidement servis que les administrations!
Cela dit, l’initiative du ministre de l’immigration paraît soutenue par une confortable majorité de Français. Dans un sondage CSA publié hier par Le Parisien, 60% des personnes interrogées se déclarent favorables au débat sur l’identité nationale. L’idée fait un raz-de-marée chez les électeurs de droite (72% d’approbation). Mais elle intéresse aussi ceux de gauche. 50% la jugent positivement.
Une fois de plus, Ségolène Royal a senti l’opinion mieux que les autres dirigeants socialistes: elle a invité ses camarades «à ne pas rejeter» ce débat et à «reconquérir les valeurs de la nation».