Pour ou contre les corridas? Après des mois de débats et d’empoignades, le parlement catalan devrait répondre à la question ce mercredi 9?juin. Les députés devraient se prononcer ce jour-là sur le projet de loi interdisant les spectacles tauromachiques. La question déchire depuis des mois toute l’Espagne. Même si le vote est de portée régionale, tout le pays se sent concerné: La Fiesta taurina, l’un des grands symboles folkloriques identitaires de l’Espagne, est en jeu.?
Torture ou culture?
«La torture n’est pas la culture», clament les écologistes promoteurs de la prohibition. Dans leur combat pour la défense des animaux, ils ont trouvé comme alliés les indépendantistes catalans, pas mécontents de ferrailler sur ce qu’ils considèrent comme un fleuron «espagnoliste» étranger aux traditions locales. D’ailleurs, pour enfoncer un peu plus le clou, pendant que Barcelone débattait de l’interdiction, à Madrid, la présidente régionale (de droite) décidait au pied levé de déclarer la Fiesta taurine bien d’intérêt culturel.
Jour après jour, artistes, chanteurs, poètes, écrivains ou acteurs ont défilé devant les micros et les caméras pour défendre leur conviction dans un sens ou dans un autre. Tout le monde s’en est mêlé. Même le roi d’Espagne s’est déclaré en faveur des corridas, alors qu’il évite soigneusement, d’habitude, de se mêler de sujets d’actualité. Et le dalaï-lama a profité d’un passage en Espagne pour se prononcer contre.
Bizarrement, cet engouement médiatique est inversement proportionnel à l’intérêt social porté aux toros: selon un sondage de 2008, 66% des Espagnols (et 73% des Catalans) affirment n’avoir aucun intérêt pour la corrida. L’enquête soulignait particulièrement la désaffection croissante chez les jeunes.
A quelques jours du vote de Barcelone, il est difficile de savoir de quel côté la balance va pencher: si les écolo-communistes de ICV et les indépendantistes de ERC devraient voter unanimement pour la prohibition, rien ne dit que les nationalistes modérés de CiU voteront tous dans ce sens. Et si le parti populaire et les socialistes semblent opter pour le maintien de la fiesta, nul ne peut jurer que quelques députés socialistes ne vont pas s’incliner vers la prohibition.