Tout au long des 900?km, les Chiliens n’ont cessé d’applaudir, de klaxonner, de crier des «Vive le Chili!» d’encouragement ou encore «Dieu est grand!». Une école entière a fait sortir les enfants dans la cour pour qu’ils puissent voir passer le fameux convoi en secouant leurs mouchoirs. Ce convoi, c’est celui qui a transporté ces deux derniers jours la sonde dite «RaiseBore» de la mine Andina, près du port de Valparaiso, jusqu’à la mine de cuivre et d’or San José, où sont piégés les 33?mineurs depuis vingt jours. La sonde qui devrait permettre de les sortir des quelques mètres carrés d’obscurité où ils se trouvent à près de 700?mètres de profondeur.
Suivi en continu et en direct
Il faut dire que depuis l’accident du 5 août, tous les Chiliens sont suspendus à cette histoire dramatique, suivie presque en continu et en direct par tous les médias. «Je me mets à la place des familles», raconte Olivia de Valparaiso, qui n’a jamais approché une mine de sa vie, ni elle, ni sa famille, ni aucun de ses amis. «Avant de savoir, dimanche, qu’ils étaient vivants, j’ai pleuré plein de fois.» Lorsque la nouvelle de leur survie s’est répandue, les gens ne pouvaient pas croire à ce qu’ils disaient: «Ils sont vivants!» Certains ont remercié Dieu ou la Sainte-Vierge. Leonardo Farkas, un propriétaire minier millionnaire, très connu au Chili, a même offert avant-hier un chèque de plus de 10?000?francs suisses à chaque famille de mineurs.
Lors de la première conversation téléphonique avec les 33?hommes, lundi, le ministre des Mines, Laurence Golborne, n’a pas omis de mentionner cette émotion nationale: «Soyez sûrs qu’hier, tout le pays fêtait sur toutes les places, dans tous les recoins du Chili, ils célébraient qu’on ait pu établir le contact avec vous.»
Les deux héros
Il faut dire que depuis le tremblement de terre de 8,8 sur l’échelle de Richter, du 27 février, qui a ravagé une immense partie du Chili, les Chiliens n’avaient pas eu de raison de se réjouir. Cette survie miraculeuse, la force de caractère des mineurs fait peut-être résonner en eux cette petite voix que nous connaissons tous: «Il y a pire que moi. Si eux y arrivent, je peux aussi.»
Désormais, au Chili, les noms de Luis Urzua ou Mario Gomez sont familiers. Les deux hommes sont les leaders du groupe, ceux qui ont permis sa survie. Le premier, topographe de 54?ans, est celui qui a répondu au téléphone lors des premiers contacts téléphoniques. Sa voix sereine et tranquillisante vibre encore dans l’oreille des Chiliens. Mario Gomez Heredia, le vétéran de la mine à l’âge de 63?ans, mineur depuis ses 12?ans, a fait fondre les cœurs avec sa lettre d’amour à son épouse, trouvée dimanche avec le message désormais connu: «Nous allons bien, dans le refuge, les 33». Reste maintenant l’attente du sauvetage. Les Chiliens ont bon espoir.