L’arrestation dans le village de Cauterets, dans les Pyrénées, du dirigeant le plus recherché de l’organisation séparatiste basque a été annoncée par la ministre française de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, dans un communiqué.
"Elle illustre une nouvelle fois l’excellente collaboration entre la France et l’Espagne dans la lutte contre le terrorisme basque", a-t-elle estimé.
Les deux principaux partis politiques espagnols, le Parti socialiste (PSOE) et le Parti populaire (PP), ont qualifié cette opération de "magnifique nouvelle", estimant qu’elle représente "le bon chemin" contre l’ETA.
"Txeroki" a été arrêté en compagnie d’une femme, dont l’identité n’a pas été précisée, selon une source proche du dossier à Paris, précisant qu’ils avaient été placés en garde à vue et devaient être transférés à Bayonne (sud-ouest) plus tard dans la journée.
Selon des medias espagnols, citant des sources anti-terroristes, cette femme est soupçonnée d’être aussi membre de l’ETA.
Dans l’appartement où "Txeroki" a été arrêté, situé au 2e étage d’un petit immeuble, les enquêteurs ont trouvé une arme de poing, de faux documents administratifs et un ordinateur, au cours d’une perquisition qui devait durer toute la journée, selon la source proche du dossier.
L’ETA, inscrite sur la liste des organisations terroristes de l’UE et des Etats-Unis, est tenue pour responsable de la mort de 824 personnes en 40 ans de violences pour l’indépendance du Pays Basque.
"Txeroki", réputé incarner la ligne dure de l’organisation clandestine, hostile au dialogue avec Madrid, aurait pris, fin 2003, la tête de ses commandos.
Il est soupçonné d’avoir torpillé un processus de dialogue engagé avec le gouvernement socialiste espagnol, en ordonnant un attentat de grande envergure à l’aéroport de Madrid (2 morts), le 30 décembre 2006.
Il est également "soupçonné d’être l’auteur des meurtres des deux gardes civils espagnols à Capbreton (sud-ouest de la France) le 1er décembre 2007", a précisé Mme Alliot-Marie.
Raul Centeno, 24 ans, et Fernando Trapero, 23 ans, avaient été assassinés par balles le 1er décembre 2007 par trois membres de l’ETA, à la sortie d’une cafétéria, alors qu’ils effectuaient une mission de renseignement dans le sud-ouest de la France.
L’ETA avait revendiqué le double meurtre dans un communiqué, annonçant sa volonté de frapper les forces de sécurité espagnoles "en tout lieu".
L’agence de presse basque, Vasco Press, a précisé que l’arrestation a eu lieu à 03H30 et qu’elle était le fruit d’une coopération entre la police française et la Garde civile espagnole.
L’opération a été menée sur commission rogatoire de la juge française antiterroriste Laurence Le Vert.
"Cette interpellation démontre une fois encore l’engagement résolu des services de police et de gendarmerie français dans la lutte contre toute forme de terrorisme", a déclaré la ministre de l’Intérieur française.
L’Espagne et la France, pays qui constitue la base de repli traditionnelle des commandos de l’ETA, collaborent depuis les années 80 contre l’organisation basque, après des années de récriminations espagnoles contre le "sanctuaire" français.
La dernière opération policière menée en France contre l’ETA a eu lieu le 21 mai 2008, et avait abouti à l’arrestation à Bordeaux (sud-ouest) de Javier Lopez Peña, alias "Thierry", 49 ans, présenté par Madrid comme l’homme "qui a le plus de poids politique et militaire dans l’ETA".