Une forte abstention, une montée populiste, des conservateurs confortés dans leur majorité au Parlement, une opposition de centre gauche qui paye cash le prix de la crise: en synthèse, le bilan des premiers résultats des élections européennes s’inscrit dans la droite ligne des prévisions.
«C’est ce qu’on attendait», confirme Antonio Missiroli, du European Policy Center à Bruxelles. «Il y a une difficulté claire du centre gauche à capitaliser sur la protestation populaire. Et un succès relatif du populisme facilité par le scrutin proportionnel, poursuit cet analyste avisé. C’est une tendance contre l’Europe, les gouvernements en place, l’immigration, l’Islam et les banques. Mais c’est une fronde très diversifiée, on n’a pas un front unique contre l’Europe mais hétérogène.»
Dans les principaux pourvoyeurs d’eurodéputés, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, les deux signataires d’une lettre ouverte proeuropéenne, ne sont pas sanctionnés dans les urnes pas la crise malgré des chiffres pas foncièrement brillants. La facture, en France, ce sont les socialistes qui en payent le prix avec un gadin historique. Globalement, hormis quelques exceptions comme la Grèce et la Suède, les sociaux-démocrates sont donc les grands perdants de ces élections.
Election de seconde zone
Autre constat: incontestablement, une fois encore, cette élection européenne est un masque d’assemblages de visages nationaux. Dans quasi tous les pays, les scores s’expliquent sur l’autel de la donne nationale. «La campagne a laissé de côté les thèmes européens, avec peu de débats sur l’Europe», explique M. Missiroli, qui à terme voit dans cette constante un danger pour l’Union européenne.
Cela nous amène au troisième point, l’abstention. Elle n’est pas aussi catastrophique que pouvait le craindre le président de la Commission européenne José-Manuel Barroso, mais elle confirme le statut d’élection de seconde zone de ces Européennes boudées par une population cernant mal les enjeux.
«Mais encore fait-il qu’on la lui explique», commente Antonio Missiroli, qui espère pour le prochain scrutin de 2014, des candidatures transnationales sous l’égide de granges figures de l’exécutif, seules à même de ramener le débat européen sur le devant de la scène et éclipser les caractéristiques nationales.
«L’abstention était prévisible car ce n’est pas un vote qui compte pour l’électeur moyen, qui ne votait pas pour un gouvernement et a donc moins voté avec sa tête, si je puis dire. Cela confirme la contradiction entre le désintérêt des peuples pour un Parlement qui aura encore plus de pouvoir avec le Traité de Lisbonne, ayant codécision sur 90% de la législation», poursuit M. Missoroli dans son analyse. Conclusion logique de cette donnée, la poussée des partis protestataires, populistes très extrémistes pour beaucoup. «Les élections européennes ont toujours servi les protestataires de toutes zones, il n’y a pas eu d’exception», nous assure un fonctionnaire européen.