«Etes-vous favorable à ce que la Catalogne soit un Etat souverain, social et démocratique, intégré dans l’Union européenne?» C’est à cette question que sont appelés à répondre, demain, 700?000 personnes dans quelque 170 villages et bourgs de la région. L’initiative, partie modestement en septembre d’un village proche de Barcelone, a fait boule de neige. Et si la consultation, d’une ampleur inédite, n’a en principe aucune valeur politique, nul ne doute qu’elle aura une lourde charge symbolique.?
Rafale de miniréférendums
Tous les plus de 16?ans vivant sur place sont invités au vote, «qu’ils soient Catalans d’origine ou immigrés, venus d’Espagne et d’ailleurs», précise le juriste Alfons Lopez Tena, l’un des organisateurs de la consultation, qui a veillé à doter le processus de normes rigoureuses. «Nous voulons faire affleurer une question qui est très présente dans la société, dit-il. Si tout le monde parle de l’indépendance dans les cafés, en famille, au bureau, pourquoi ne pas en faire un débat public? Si les gens ne viennent pas voter dimanche, s’il n’y a pas de demande sociale, le débat est clos…»
Cette rafale de miniréférendums locaux a pris de court les partis politiques. «Elle arrive à point nommé, au moment où l’identité catalane se sent malmenée su sein de l’Espagne», souligne Joan Ridao, de ERC, le parti de gauche républicain et indépendantiste qui appelle à voter oui. L’option fédéraliste, évoquée un temps par Zapatero, est dans une impasse. Le nouveau statut qui élargit l’autonomie de la région est bloqué depuis des mois à Madrid par le tribunal constitutionnel contrôlé par une majorité conservatrice clairement hostile.
Le héros du Barça
Loin d’être un sentiment marginal, le souverainisme catalan est en train de gagner du terrain dans la société, au-delà des clivages politiques habituels. Il séduit 19% des Catalans, soit 6% de plus, en quatre?ans, selon un
récent sondage. «La question est: qu’est-ce que nous apporte l’Espagne? Il est de plus en plus fréquent d’entendre des chefs d’entreprises de Barcelone ou de Tarragone parler d’indépendance», témoigne un diplomate.
Et cette cause a désormais un héros: Joan Laporta, président du Barça, le tout-puissant club de football de Barcelone. Laporta, qui n’a jamais caché ses sentiments indépendantistes, est de toutes les manifestations souverainistes ces derniers mois. Il a été parmi les premières personnalités publiques à appeler à voter «oui» dimanche. Et comme son mandat à la tête du club arrive bientôt à échéance, les paris sont déjà ouverts: va-t-il
ou non lancer un nouveau parti indépendantiste, comme le dit la rumeur? Les résultats dimanche devraient l’aider à mettre au clair ses idées. En attendant une autre salve de consultations locales sur le même sujet, annoncées pour février et avril 2010.