La rumeur a fait le tour d’Europe sans presque passer par la France. Cette dernière était pourtant la principale intéressée. La nouvelle touchait au plus haut de l’Etat français. Il se disait que la semaine dernière, un léger coup de canif aurait entamé le contrat de mariage du couple Sarkozy. A savoir que Carla, la première dame de France, se serait abandonnée dans les bras du chanteur Benjamin Biolay, tandis que Nicolas Sarkozy aurait, lui, choisi ceux de sa ministre de l’Environnement, Chantal Jouanno.
Les médias traditionnels hexagonaux ont boudé l’insistante rumeur pourtant initiée par des journalistes français. Cela n’a pas empêché la nouvelle très privée de connaître un succès certain sur la Toile. La presse européenne a considéré le potin susceptible d’intérêt et suffisamment pittoresque pour cet homme qui, depuis son entrée en fonction, met en scène sa vie privée. Souvenez-vous de Carla et Nicolas à Disneyland, de Carla et Nicolas au cap Nègre ou encore de Carla et Nicolas en Egypte.
Du côté des médias français, on a préféré jouer la partition en mode mineur. Prétextant qu’on ne saurait répercuter cette information persistante qui courait les rédactions. La considérant souvent comme indigne, dénuée d’intérêt ou encore non vérifiée. Cette dernière assertion étant fondée. En fait c’est sur le réseau Twitter que tout a commencé, que tout s’est développé et que tout s’est amplifié. Des journalistes français ont choisi de propager le ragot présidentiel. Mais rien ou presque n’a filtré dans les journaux traditionnels.
Comme si la presse française ne pouvait se risquer au crime de lèse-président. Face à une jurisprudence existante, elle a préféré taire et ignorer. L’ancien rédacteur en chef de «Paris Match», Alain Genestar, en connaît justement le prix. Il avait osé publier en une de son hebdomadaire la photo de Cécilia Sarkozy et de son ami Richard Attias. Il sera fermement «démissionné» par Arnaud Lagardère, propriétaire du titre et accessoirement ami personnel de Nicolas Sarkozy.
Alors la presse contourne, suggère et use de subterfuges hypocrites pour dévoiler l’information sans la révéler. Les journaux ont fait le choix de décrypter le fonctionnement des réseaux sociaux à l’origine de la fuite, si prompts à révéler, répercuter et contaminer, mais toujours rien sur l’affaire qui démange pourtant.
Il apparaît que les réseaux servent aujourd’hui à la fois d’alibi et d’exutoire à tout ce qui doit être tu dans les journaux. C’est le lieu de l’expérimentation journalistique sans garde-fou ni vérification. Une attitude qui en outre laisse à penser que la presse française serait bâillonnée, interdite de sujets sensibles par les lieutenants de l’omniprésident.
Mais chose étonnante, lundi matin, la presse française qui n’avait presque rien dit de la rumeur se plaisait en revanche à préciser que le couple présidentiel était allé voter la veille «main dans la main» pour les élections régionales. L’information décalée ne s’adressait qu’à ceux qui savaient. Nicolas Sarkozy n’a même plus besoin de sévir, aujourd’hui la seule crainte de la sanction suffit.