Quelle mouche a donc piqué le cardinal archevêque de Vienne, issu de la haute noblesse allemande de Bohême, mais aussi d’une lignée respectable et enviée de prélats?
Lui qui aime être vu comme un proche de Benoît XVI, le voilà désormais, sans coup férir et publiquement, qui remet en cause… le célibat des prêtres! Pour un conservateur, considéré par certains comme papable, et qui avait accueilli le Saint-Père sur ses terres triomphalement en 2007, une telle prise de position relève du dérapage.?
Un pavé dans la mare
C’est en tout cas ainsi que le Vatican considère publiquement sa sortie. Hier, Rome en a minimisé la portée. Le cardinal Claudio Hummes, préfet de la Congrégation pour le clergé, a simplement – mais immédiatement – rappelé que le «célibat sacerdotal est un don de l’Esprit saint qui demande à être compris avec une plénitude de sentiment et de joie». Au Saint-Siège pourtant, on prend très certainement le retournement du fidèle au sérieux.
Car on ne doute pas que Monseigneur Schönborn, ancien professeur à l’Université de Fribourg, a dû choisir ses mots, avant de les coucher dans le modeste journal interne de son diocèse. «Dans le passé malheureusement, lit-on au fil des pages du Thema Kirche du 8 mars dernier, l’Eglise a plus souvent protégé à tort les coupables que les victimes.»
La phrase sonne comme une confession des complicités passées, mais aussi comme un abandon du devoir de silence, après les énièmes révélations accablantes, cette semaine, de nouveaux cas de pédophilie, chez des prêtres autrichiens. Le cardinal appelle à un examen sans compromis. «Cela inclut la question de l’éducation et de la formation des prêtres, comme la question des suites de la révolution sexuelle au sein de la génération 1968. Ceci inclut le thème du célibat comme celui du développement personnel.»
Revendication clé
En jetant ainsi la question explosive du célibat des prêtres sur la place publique, la plus haute autorité religieuse d’Autriche se désolidarise. Et adresse un signal au clergé. Désormais, il faudra prêter une oreille aux laïcs, en passe de devenir majoritaires, et dont l’abandon du célibat est une revendication clé.
Ces vingt dernières années, secouée par les scandales, l’Eglise catholique autrichienne a perdu près de 400?000 fidèles; son influence décroît inexorablement. Sur les questions de mœurs et de société, les pratiquants autrichiens aspirent impatiemment à l’ouverture. Un schisme avec les autorités catholiques était même redouté.
En osant remettre en question la règle du célibat pour la première fois, le cardinal Christoph Schönborn en a confirmé, malgré lui, le danger.
Scandales en chaîne dans les Eglises d’Europe
? Après les Etats-Unis et l’Australie, la tempête souffle sur plusieurs Eglises catholiques européennes.
? Les dernières révélations affectent les Pays-Bas. Depuis le début du mois de mars, une commission de l’épiscopat néerlandais a recueilli 350 plaintes de personnes qui affirment avoir été victimes dans les années?50, 60 et 70 d’abus sexuels de membres du clergé, la plupart dans «les internats de tout le pays».
? Il en va de même en Autriche et en Allemagne. Après les accusations portées contre deux prêtres du collège jésuite Canesius de Berlin, un établissement réputé pour accueillir la progéniture de la bourgeoisie locale, c’est au tour du supérieur du monastère bénédictin d’Ettal, Barnabas Bögle, de devoir démissionner à la suite d’actes pédophiles commis jusque dans les années 80 dans l’internat qu’il dirigeait.
Détail fâcheux: Ettal relève du diocèse de Munich, celui-là même que dirigea Mgr Joseph Ratzinger, devenu depuis Benoît XVI.
Dans une Bavière très catholique, une autre institution célèbre est mise en cause: le chœur de la cathédrale de Ratisbonne, éclaboussé par deux cas d’abus sexuels. L’affaire est d’autant plus sensible que le chœur a été placé de 1964 à 1993 sous l’autorité de Georg Ratzinger, le frère du pape. Que savait-il? Rien, assure-t-il.
? En Irlande, le scandale a pris un tour national. Par le nombre et la durée des sévices. Et par l’attitude de l’Eglise, accusée d’avoir constamment protégé les auteurs des sévices.
L’émotion est telle qu’elle a contraint le pape à convoquer à Rome les évêques du pays.
JEAN-FRANÇOIS VERDONNET