Silvio Berlusconi et Nicolas Sarkozy ont signé hier à Rome un accord historique qui va permettre à une Italie très dépendante de l’étranger pour son approvisionnement en électricité de renouer avec le nucléaire.
L’accord paraphé par le président français et le premier ministre italien couvre toute la filière nucléaire, de la recherche au traitement des déchets, en passant par la construction de centrales. C’est donc en toute logique que pour concrétiser cet accord-cadre les électriciens français EDF et italien ENEL ont signé dans la foulée un autre accord, portant lui sur la construction en Italie «d’au moins» quatre réacteurs nucléaires de troisième génération EPR, fleuron de la technologue du groupe français AREVA, le numéro un mondial dans le secteur.
L’objectif d’ENEL et d’EDF est de «rendre opérationnelle la première unité italienne au plus tard en 2020», a indiqué l’électricien italien.
Très belle affaire
Selon le journal économique français La Tribune, les accords signés hier entre les deux leaders de droite sont «une très belle affaire» pour les entreprises françaises, le marché italien de l’énergie atomique étant estimé à 40 milliards d’euros.
Même s’il faut s’attendre à des oppositions lorsqu’il s’agira de choisir les sites d’implantation des centrales, il semble bien que les Italiens aient fini par se rendre à l’évidence: dépendants à plus de 80% de l’étranger pour leur approvisionnement en énergie, il leur faut se donner les moyens de produire chez eux.
Reste que ce grand retour au nucléaire – annoncé par Berlusconi lors de son… retour au pouvoir, l’an dernier – sera une véritable révolution pour les Italiens.
Vote historique
En effet, le 8 novembre 1987, 18?mois après la catastrophe de Tchernobyl, ils avaient décidé, lors de trois référendums adoptés à plus de 70% des voix, de sortir du nucléaire. Les quatre centrales existantes (Trino Vercellese dans le Piémont, Caorso près de Piacenza, Latina et Garigliano près de Caserta) furent fermées progressivement.
Le problème, c’est que cette perte de production ne fut jamais compensée, obligeant l’ENEL à s’approvisionner toujours davantage à l’étranger. Avec des conséquences parfois spectaculaires, comme le fameux black-out dans lequel fut plongé tout le pays, hormis la Sardaigne, le 28 septembre 2003, à la suite d’un «incident» survenu sur le réseau électrique suisse.
«Les citoyens français payent la moitié de ce que payent les Italiens pour leur facture énergétique. Nous devons nous réveiller», a lancé hier Berlusconi, soulignant que le «know how» de la France permettrait à l’Italie de «gagner plusieurs années». Un argument de poids, en ces temps de crise.