Ils sont faits pour s’entendre. Tous deux européens convaincus, plutôt centristes, plus intéressés par le fond que la forme en politique. Jeudi pourtant, Daniel Cohn-Bendit et François Bayrou se sont livrés à un échange d’une violence inédite sur le plateau de l’émission A vous de juger, sur France 2.
Le président du MoDem lance l’offensive: selon lui l’écologiste «roule pour Sarkozy». «Ignominie, rétorque Cohn-Bendit, jamais tu seras président de la République, parce que t’es trop minable!» Réponse du centriste, qui change alors de registre: «Il y a un certain nombre d’ignominies que vous n’avez pas hésité à porter… par exemple d’avoir justifié certains actes à l’égard des enfants.» Allusion, assez déplacée, à un ouvrage de «Dany le Rouge» publié en 1975 – et qui lui a inspiré des «remords» en 2001 – où ce dernier révélait une attitude très équivoque à l’égard de l’éveil sexuel des jeunes enfants.
Dérapage? Sortie de route prévisible, à trois jours du scrutin européen? Hier, François Bayrou maintenait ses propos. «C’est un livre (ndlr: «Le Grand Bazar») qui justifie et théorise des pratiques que pour ma part, en tous cas à l’égard d’enfants très jeunes, en bas âge, je n’accepterai jamais.»
Quel rapport avec les élections européennes? «Cela fait des mois que Daniel Cohn-Bendit m’insulte à longueur de meetings, y compris sur des sujets personnels et sensibles comme la religion, se promenant partout en disant Il a touché la Vierge», a expliqué Bayrou sur RMC. Moi, je considère que faire une théorie politique autour de ces pratiques, c’est dangereux pour les enfants.»
Au coude à coude
Europe Ecologie, la liste de Cohn-Bendit, et le MoDem de Bayrou sont au coude à coude dans les sondages, autour de 12-13%. «Depuis quelques jours, Bayrou est tendu. Et quand il s’agace, il peut très vite déraper. C’est un Béarnais», note son biographe Pierre Taribo (François Bayrou: la terre, les lettres et l’Elysée , Editions du Moment). «Le centriste s’est construit une réputation de premier opposant à Nicolas Sarkozy. Si sa formation arrivait derrière les écologistes, et en deçà de 13%, ce serait un revers de taille», ajoute Pierre Taribo. Son «destin présidentiel» pourrait s’en trouver sensiblement affecté.